Solaire : 3 200 MW en chantier, l’Algérie n’a encore engagé qu’un cinquième de son objectif de 15 000 MW
Le ministère de l’Énergie et des Énergies renouvelables a publié les 28 et 29 septembre de nouvelles données sur la trajectoire électrique algérienne : 3 200 MW de capacités photovoltaïques sont en cours de réalisation, pour un objectif national de 15 000 MW. Ce premier bloc représente 21,3 % de la cible. L’enjeu dépasse la seule production d’électricité verte : dans un système encore largement adossé au gaz, chaque mégawatt solaire effectivement injecté peut réduire la quantité de combustible mobilisée pour le marché intérieur.

Les chiffres à retenir
15 000 MW : objectif photovoltaïque national · 3 200 MW : première tranche en cours de réalisation · 21,3 % : part de l’objectif déjà engagée · 26 107,2 MW : capacité électrique installée actuelle annoncée par le ministère · 99 % : taux de couverture électrique.
3 200 MW : une première tranche significative, mais pas encore l’objectif
La page officielle consacrée aux énergies renouvelables indique que le programme gouvernemental vise 15 000 MW de solaire photovoltaïque. Le ministère précise qu’une tranche de 3 200 MW est actuellement en phase d’exécution, à travers des centrales implantées dans le Sud et les Hauts Plateaux, avec des puissances unitaires annoncées entre 80 et 220 MW.
Le rapport entre les deux chiffres est instructif : 3 200 MW correspondent à 21,3 % de la cible de 15 000 MW. Il reste donc environ 11 800 MW à engager ou à mettre en service pour atteindre l’objectif complet. Cette distinction est essentielle : une capacité « en réalisation » n’est pas encore une capacité disponible sur le réseau.
Source primaire : ministère de l’Énergie et des Énergies renouvelables — Renewable Energies.
Un système électrique de 26,1 GW : le solaire change progressivement le mix
Dans une autre fiche publiée le 28 septembre, le ministère chiffre la capacité électrique installée de l’Algérie à 26 107,2 MW. Le taux de couverture électrique atteint 99 %, pour 12 297 856 clients. À titre de comparaison d’échelle, la tranche solaire de 3 200 MW équivaut à environ 12,3 % de la capacité installée actuelle, même si ce ratio ne mesure pas la production effective : le photovoltaïque est intermittent et son facteur de charge diffère de celui des centrales thermiques.
Sonelgaz doit exploiter les centrales renouvelables, développer les infrastructures électriques associées et assurer l’intégration de la production. Le sujet devient donc autant un dossier de réseau que de génération : lignes, postes, pilotage du système et capacité d’absorption détermineront la valeur économique réelle des nouveaux actifs.
Source primaire : ministère de l’Énergie — Electricity.
Le principal effet économique : économiser du gaz
L’intérêt macroéconomique du solaire algérien tient à la structure même du système énergétique. Une part importante de l’électricité est produite à partir du gaz naturel. Substituer une partie de cette production thermique par du photovoltaïque peut donc dégager du gaz pour la pétrochimie, d’autres usages industriels ou les exportations.
Cette logique est particulièrement importante dans un contexte où les hydrocarbures demeurent la principale source de devises. Algeria Business a montré dans son dossier hydrocarbures 2024 que les recettes d’exportation du secteur ont atteint 45,23 milliards de dollars en 2024, en baisse de 10,4 % sur un an malgré une production primaire quasiment stable. Réduire la consommation de gaz par unité d’électricité produite peut donc avoir une valeur extérieure, mais celle-ci dépendra des volumes réellement économisés et des prix internationaux.
Le prochain enjeu est industriel : quelle part de la valeur restera en Algérie ?
Le nombre de mégawatts installés ne suffit pas à mesurer la réussite économique du programme. Les effets sur la croissance dépendront également de la part locale des structures métalliques, câbles, transformateurs, travaux de génie civil, maintenance, ingénierie et éventuellement des modules photovoltaïques.
Le ministère inscrit désormais cette politique dans une stratégie plus large : sécurité énergétique à long terme, compétitivité nationale et positionnement de l’Algérie comme acteur énergétique sur les marchés africains et européens. Cette orientation a été réaffirmée dans la politique nationale de l’énergie publiée le 28 septembre.
Analyse Algeria Business
Les faits : le ministère annonce un objectif de 15 000 MW photovoltaïques et 3 200 MW actuellement en réalisation. Il chiffre parallèlement la capacité électrique installée nationale à 26 107,2 MW. Les 3 200 MW représentent donc 21,3 % de l’objectif solaire, mais ils ne doivent pas être présentés comme déjà intégralement opérationnels.
Notre lecture : le véritable indicateur économique ne sera pas seulement la puissance inaugurée. Il faudra suivre quatre variables : les MW effectivement raccordés, les MWh réellement produits, le volume de gaz économisé et le taux de valeur ajoutée locale. C’est cette combinaison qui permettra de déterminer si le programme solaire améliore simultanément la sécurité énergétique, la balance extérieure et l’appareil industriel.
Pour replacer cette transition dans la structure énergétique du pays, voir également notre bilan énergétique national et notre analyse sur la consommation domestique d’énergie.