Algérie : croissance solide, mais les déficits réduisent les marges de manœuvre

La croissance algérienne reste robuste, mais l’équilibre financier devient plus contraignant. Dans son rapport 2026 consacré à l’Algérie, publié le 21 septembre, le Fonds monétaire international prévoit une progression du PIB réel de 3,8 % en 2026, après 3,9 % en 2025. Le diagnostic est toutefois nettement plus prudent sur les finances publiques et les comptes extérieurs.

Les chiffres à retenir

3,8 % de croissance prévue en 2026 · 4,0 % hors hydrocarbures · déficit budgétaire de 9,6 % du PIB · dette publique de 53,2 % du PIB · réserves officielles projetées à 46,5 milliards de dollars.

Une croissance encore portée par l’investissement

Le premier enseignement du rapport est la résistance de l’activité. La croissance hors hydrocarbures resterait proche de 4 % en 2026, confirmant que la dynamique ne repose pas uniquement sur le pétrole et le gaz. Le FMI relie cette évolution aux investissements importants, aux politiques de diversification et au développement de nouvelles capacités productives.

À court terme, l’environnement énergétique améliore également les perspectives. La hausse des recettes d’hydrocarbures doit soutenir les exportations et les recettes de l’État. Le déficit courant, qui s’était fortement creusé à 8,9 % du PIB en 2025, serait ramené à environ 1,9 % en 2026.

Le point de tension se déplace vers les finances publiques

Le problème identifié par le FMI n’est donc pas celui d’une économie en récession, mais celui du coût de financement de la croissance. Le déficit budgétaire resterait très élevé, à 9,6 % du PIB en 2026. La dette publique passerait de 48,1 % du PIB en 2024 à 53,2 % en 2026.

Dans son scénario à moyen terme, le Fonds projette même une dette proche de 79 % du PIB en 2031 si les déficits demeurent élevés. Cette trajectoire doit être lue comme une projection conditionnelle, pas comme un résultat acquis. Elle montre néanmoins que la marge budgétaire s’est nettement réduite.

Le FMI souligne également le recours accru au financement de l’État par la Banque d’Algérie : le flux de financement de la banque centrale représenterait 5,5 % du PIB en 2026. À court terme, ce mécanisme permet de couvrir les besoins du Trésor ; à moyen terme, il peut accroître les tensions monétaires et limiter la capacité du système bancaire à financer le secteur privé.

Réserves de change : l’autre indicateur à surveiller

Les réserves officielles sont passées de 68,9 milliards de dollars en 2024 à environ 51 milliards en 2025. Le FMI les projette à 46,5 milliards de dollars fin 2026, soit un niveau encore important à court terme mais en nette diminution.

La situation extérieure conserve néanmoins un amortisseur important : la dette extérieure brute resterait autour de 1 % du PIB en 2026. L’Algérie demeure donc très faiblement dépendante des créanciers étrangers, ce qui distingue sa situation de celle de nombreux pays confrontés à une hausse de leur dette publique.

L’analyse Algeria Business

Le rapport du FMI décrit moins une crise immédiate qu’un resserrement progressif des marges de manœuvre. L’Algérie continue de croître à un rythme soutenu et l’activité hors hydrocarbures reste dynamique. Mais le financement simultané des grands investissements, des dépenses publiques et des déficits mobilise davantage de ressources internes et de devises.

Le véritable test se situe donc dans les prochaines années : les investissements engagés devront produire suffisamment de capacités industrielles, de substitution aux importations, d’exportations hors hydrocarbures et de recettes fiscales pour compenser leur coût initial. Si cette transformation s’accélère, la croissance actuelle pourra élargir durablement la base productive. Dans le cas contraire, la hausse de la dette et la baisse des réserves réduiront progressivement la capacité de l’État à absorber de nouveaux chocs.

Le chiffre de croissance de 3,8 % est donc positif, mais il ne suffit plus à lui seul pour juger de la trajectoire économique. Pour Algeria Business, les indicateurs à suivre désormais sont le déficit hors hydrocarbures, la qualité de l’investissement public, les exportations non énergétiques, le financement bancaire du secteur privé et le niveau des réserves de change.


Source principale : Fonds monétaire international, Algeria: 2026 Article IV Consultation, Country Report No. 2026/252, publié le 21 septembre 2026. Communiqué du FMI · Rapport complet.

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