La dette publique en Algérie
La dette publique algérienne est aujourd’hui avant tout domestique et libellée en dinars. Pour l’analyser correctement, il faut distinguer le stock de dette, le déficit annuel, les garanties publiques, la dette extérieure et les besoins de financement futurs.
Ce que disent les chiffres de 2024
Le niveau de dette doit être lu avec le déficit, les garanties, la maturité et la capacité du marché intérieur à financer l’État.
Quatre notions qui ne doivent pas être mélangées
Les écarts entre sources viennent souvent moins d’une contradiction que d’un périmètre différent.
Dette publique
Ensemble des engagements accumulés de l’État ou des administrations publiques selon le périmètre retenu.
Déficit budgétaire
Écart annuel entre recettes et dépenses. Un déficit doit être financé, mais il n’est pas lui-même un stock de dette.
Garanties publiques
Engagements susceptibles de devenir une charge effective. Le FMI publie des ratios avec et sans garanties.
Dette extérieure
Engagements envers des créanciers non résidents. Elle peut inclure des débiteurs publics et privés selon la statistique utilisée.
Une progression continue depuis 2020
La Banque d’Algérie mesure une dette publique intérieure de l’administration centrale passée de 9 423,4 milliards DZD fin 2020 à 17 243,4 milliards fin 2024.
2024 : un besoin de financement nettement plus élevé
La Banque d’Algérie indique que le déficit global du Trésor a été financé intégralement par des ressources intérieures en 2024.
Utilisation des avoirs du Trésor
Les avoirs du Trésor à la Banque d’Algérie sont passés de 2 917,94 milliards DZD fin 2023 à 241,83 milliards fin 2024. Une partie importante du besoin de financement a donc été absorbée par la mobilisation de ces réserves de trésorerie.
Pourquoi cela compte
Une fois ces coussins réduits, le financement des déficits futurs dépend davantage de nouvelles émissions de dette, des banques, du marché financier ou d’un ajustement des recettes et dépenses.
Une exposition extérieure toujours très faible
La Banque d’Algérie chiffre la dette extérieure globale de l’économie à 2,870 milliards de dollars fin 2024, contre 3,186 milliards fin 2023, soit 1,08 % du PIB.
Le risque de change sur la dette
Une dette majoritairement libellée en dinars protège les finances publiques d’une hausse mécanique du stock de dette lorsqu’une devise étrangère s’apprécie.
Le risque budgétaire domestique
Le recours au financement intérieur transfère le risque vers la capacité des banques, du marché obligataire et de l’épargne nationale à absorber les besoins du Trésor.
Un profil très domestique
Le rapport FMI 2025 souligne que près de 99 % de la dette publique est détenue par des créanciers intérieurs et libellée en dinars.
Faible risque de change
L’État est peu exposé à une envolée de la dette due uniquement à une dépréciation du dinar vis-à-vis d’une devise d’emprunt.
Capacité du système bancaire
Des besoins de financement élevés peuvent augmenter la pression sur les banques nationales et limiter l’espace disponible pour financer le secteur privé.
Garanties et engagements contingents
La différence entre dette hors garanties et dette avec garanties montre qu’une lecture complète doit intégrer les engagements susceptibles d’être appelés.
De la crise extérieure à la dette domestique
La contrainte extérieure conduit l’Algérie à rééchelonner une partie de sa dette et à engager un programme d’ajustement.
La hausse des recettes d’hydrocarbures permet des remboursements anticipés et une forte réduction de la dette extérieure.
Le financement monétaire accroît la composante intérieure de la dette publique et modifie sa structure.
L’encours intérieur de l’administration centrale progresse de 9 423,4 à 17 243,4 milliards DZD.
Les projections ne sont pas des données observées
Dans son Article IV 2025, le FMI projetait une hausse rapide du ratio de dette si les déficits restaient élevés. Ces chiffres sont des scénarios de référence, pas des réalisations comptables déjà constatées.
| Indicateur | 2024 observé | 2025 projection | 2026 projection |
|---|---|---|---|
| Dette brute hors garanties | 48,5 % PIB | 54,3 % PIB | 62,8 % PIB |
| Dette brute avec garanties | 53,6 % PIB | 59,1 % PIB | 67,3 % PIB |
| Solde budgétaire global | −13,9 % PIB | −11,5 % PIB | −12,4 % PIB |
Les indicateurs à suivre vraiment
Le ratio dette/PIB n’est qu’un point de départ. La soutenabilité dépend de la qualité du financement et de la capacité du budget à générer des ressources durables.
À surveiller chaque année
- solde budgétaire et solde primaire ;
- recettes fiscales hors hydrocarbures ;
- charges d’intérêt et échéances de remboursement ;
- part de la dette négociable et maturité moyenne ;
- garanties de l’État et engagements des entreprises publiques ;
- capacité du marché bancaire et obligataire domestique.
Erreurs d’interprétation à éviter
- confondre dette extérieure et dette publique totale ;
- présenter un déficit annuel comme un encours de dette ;
- mélanger données observées et projections ;
- comparer des ratios calculés avec des périmètres différents ;
- conclure à la soutenabilité à partir d’un seul seuil de dette.
Références principales
La nouvelle version sépare les données observées de la Banque d’Algérie, les ratios harmonisés du FMI et les projections macro-budgétaires.