Hydrocarbures : l’Algérie ouvre près de 49 000 km² aux investisseurs avec le Bid Round 2026

L’Algérie entre dans la phase décisive de son Algeria Bid Round 2026. Sept périmètres pétroliers et gaziers représentant près de 49 000 km² sont proposés aux investisseurs, avec une date limite de dépôt des offres fixée au 26 novembre 2026. Au-delà du nombre de blocs mis en concurrence, cette opération constitue un test concret de l’attractivité du nouveau cadre algérien des hydrocarbures et de sa capacité à transformer rapidement le potentiel géologique en nouveaux investissements.

Les chiffres à retenir

7 périmètres · près de 48 900 km² · 6 contrats de partage de production · 1 contrat de participation · fin des Data Rooms le 31 octobre 2026 · dépôt des offres le 26 novembre 2026 · signature des contrats prévue au plus tard le 31 janvier 2027.

Sept blocs, mais des profils d’investissement très différents

Les périmètres proposés par l’Agence nationale pour la valorisation des ressources en hydrocarbures (ALNAFT) sont répartis entre plusieurs grands bassins sahariens : Illizi, Berkine, Oued Mya, Amguid-Berkine et le bassin de Benoud. La logique n’est pas uniquement celle de l’exploration pure. Plusieurs actifs combinent développement de découvertes existantes, exploration additionnelle et amélioration de la récupération.

Périmètre Bassin Surface Contrat Objectif principal
Illizi Centre I Illizi 7 441 km² Partage de production Développement + exploration
El M’Zaid Nord Oued Mya 4 574 km² Partage de production Optimisation de production + exploration
El Borma II Berkine 4 870 km² Partage de production Développement + récupération assistée
Est Bordj Omar Driss I Illizi 4 518 km² Participation Développement + exploration
El Hadjira III Oued Mya 9 230 km² Partage de production Développement + exploration
El Benoud Est Benoud 14 213 km² Partage de production Développement + exploration
Touggourt Sud Amguid-Berkine 4 048 km² Partage de production Développement + exploration

Cette composition est importante. Elle signifie que le Bid Round 2026 ne porte pas seulement sur des paris géologiques à long terme : certains projets visent aussi des actifs plus matures ou des découvertes déjà identifiées, avec un potentiel de mise en production plus rapide si les investissements et les infrastructures suivent.

Le vrai enjeu : convertir le potentiel géologique en capital

La campagne 2026 arrive après une première séquence jugée structurante par les autorités : le Bid Round précédent a débouché en juillet 2025 sur cinq contrats d’hydrocarbures. Sonatrach indiquait alors que ces contrats, d’une durée de trente ans avec sept années consacrées à l’exploration, prévoyaient un programme minimum d’investissement de 606 millions de dollars pour les travaux d’exploration.

Le nouveau round doit donc confirmer si cette dynamique peut changer d’échelle. La question n’est pas seulement de savoir combien de blocs seront attribués, mais combien de capitaux, de puits, de campagnes sismiques et de projets de développement seront effectivement engagés une fois les contrats signés.

Un cadre contractuel pensé pour attirer différents profils d’investisseurs

Six des sept périmètres sont proposés sous forme de contrats de partage de production. Dans ce modèle, le partenaire étranger finance les opérations amont, tandis que Sonatrach conserve la propriété des hydrocarbures au point de mesure et des installations réalisées dans le cadre du contrat. Le partenaire récupère ensuite une part de la production selon les mécanismes de remboursement des coûts et de partage prévus contractuellement.

Le périmètre Est Bordj Omar Driss I est, lui, proposé sous forme de contrat de participation. Dans ce schéma, les parties financent les opérations à hauteur de leur participation et la compagnie nationale conserve au minimum 51 % de participation, conformément à la loi n°19-13.

Le régime fiscal constitue l’autre pièce du dispositif. ALNAFT met notamment en avant une redevance hydrocarbures de référence de 10 %, ainsi qu’un impôt sur le revenu des hydrocarbures progressif de 10 % à 50 %. Des taux réduits peuvent être accordés dans certaines situations liées à la complexité géologique, aux difficultés techniques ou à des coûts élevés susceptibles de compromettre la rentabilité du projet.

La digitalisation change aussi la manière de vendre le domaine minier

Autre évolution significative : pour la première fois dans un appel à concurrence algérien de ce type, ALNAFT a ouvert des Virtual Data Rooms. Les candidats peuvent accéder à distance aux données géologiques et géophysiques, aux données de puits, aux projets Petrel et Techlog, ainsi qu’aux informations sur les installations de surface.

Cette digitalisation n’est pas anecdotique. Dans l’amont pétrolier, la qualité et la facilité d’accès aux données conditionnent directement la capacité d’un investisseur à évaluer le risque géologique, le coût d’un développement et le rendement attendu. Le calendrier prévoit la fin des sessions de Data Rooms et de clarification le 31 octobre 2026, avant le dépôt des offres le 26 novembre.

Un enjeu qui dépasse les recettes d’hydrocarbures

Pour l’économie algérienne, l’enjeu dépasse la seule production de pétrole ou de gaz. Le gouvernement insiste également sur le développement de la sous-traitance industrielle et du contenu local. De nouveaux programmes d’exploration et de développement peuvent alimenter la demande en ingénierie, forage, maintenance, services techniques, équipements, logistique et prestations spécialisées.

Le potentiel économique dépendra toutefois du rythme d’exécution. L’existence de ressources et de contrats ne suffit pas : la valeur se matérialise lorsque les investissements sont engagés, que les découvertes sont développées et que la production additionnelle rejoint effectivement les réseaux de collecte, de traitement et d’exportation.

L’analyse Algeria Business

Le Bid Round 2026 doit être lu comme un test d’exécution du nouveau modèle algérien d’attractivité énergétique. Le cadre légal de 2019 est désormais installé, un premier round a produit cinq contrats et ALNAFT modernise l’accès aux données. La prochaine étape consiste à démontrer que cette architecture peut générer un flux régulier d’investissements et réduire le délai entre l’attribution d’un périmètre et sa contribution effective à la production.

La structure même des sept actifs est révélatrice : l’Algérie cherche à combiner nouvelle exploration, développement de découvertes existantes et optimisation de champs plus matures. Cette diversification réduit la dépendance à une seule catégorie de risque et peut permettre d’obtenir des retombées selon plusieurs horizons temporels.

Le premier indicateur à suivre sera donc le nombre de périmètres effectivement attribués le 26 novembre. Mais pour mesurer le succès économique du round, Algeria Business suivra surtout quatre variables : le montant des engagements d’investissement, le nombre de puits prévus, les calendriers de développement et la part de contenu local associée aux contrats.


Sources principales : ALNAFT — lancement officiel du Bid Round 2026 · ALNAFT — ouverture des Virtual Data Rooms · ALNAFT — cadre juridique · ALNAFT — cadre fiscal · Sonatrach — résultats du Bid Round précédent.

Surfaces, bassins et objectifs techniques : synthèse Algeria Business à partir de la documentation du Bid Round 2026 et de l’analyse publiée par King & Spalding. Photo : ALNAFT.