Algérie–Tunisie : les échanges ont bondi de 166 % en cinq ans, mais restent très concentrés
Les échanges commerciaux entre l’Algérie et la Tunisie ont progressé de 166 % en cinq ans pour atteindre environ 2,76 milliards de dollars, selon les données présentées par la représentation du CEPEX à Alger. Cette accélération confirme le poids croissant du voisin tunisien dans les flux régionaux, mais elle masque une structure encore très asymétrique : l’énergie domine les ventes algériennes tandis que les exportations tunisiennes vers l’Algérie reculent depuis le début de 2026.

Chiffres à retenir
- 2,76 milliards $ : volume des échanges bilatéraux annoncé en septembre 2026.
- +166 % : progression cumulée sur cinq ans.
- 4e fournisseur : rang actuel de l’Algérie parmi les fournisseurs de la Tunisie.
- 7e client : rang de l’Algérie parmi les débouchés des exportations tunisiennes.
- –13,1 % : recul des exportations tunisiennes vers l’Algérie sur les huit premiers mois de 2026, selon l’INS tunisien.
Une progression spectaculaire sur cinq ans
Les chiffres rendus publics à l’issue d’une mission d’affaires tuniso-algérienne organisée du 22 au 24 septembre à Alger et Blida donnent une mesure de l’intensification des relations commerciales. Le volume des échanges a augmenté de 166 % en cinq ans pour atteindre environ 2,76 milliards de dollars. Le CEPEX, organisme public tunisien de promotion des exportations, a accompagné une délégation multisectorielle couvrant notamment l’industrie, l’agroalimentaire, l’énergie, les matériaux de construction, les services et le numérique.
Cette dynamique bénéficie d’un cadre commercial déjà favorable. L’Algérie et la Tunisie disposent d’un accord commercial préférentiel, auquel s’ajoutent les mécanismes de la Grande zone arabe de libre-échange. Mais l’augmentation du volume total ne signifie pas encore que les échanges sont diversifiés ou équilibrés.
L’énergie reste au cœur du commerce bilatéral
La structure des flux demeure fortement marquée par l’avantage énergétique algérien. Les données disponibles pour 2025 montrent que les produits énergétiques représentaient environ 90 % des importations tunisiennes en provenance d’Algérie. L’Algérie assurait également 92 % des importations tunisiennes de gaz et 41 % de ses approvisionnements extérieurs en hydrocarbures.
Cette concentration explique une part importante de la valeur des échanges. Elle signifie aussi que leur évolution dépend fortement des volumes de gaz livrés et des prix internationaux de l’énergie. Pour l’Algérie, l’enjeu est donc de transformer la proximité géographique en débouchés supplémentaires pour des produits industriels et agroalimentaires hors hydrocarbures. Cette question rejoint le défi plus général de diversification présenté dans notre dossier Commerce extérieur 2024.
2026 apporte un signal plus nuancé
La hausse de 166 % sur cinq ans doit être rapprochée des données les plus récentes. L’Institut national de la statistique tunisien indique que les exportations tunisiennes vers l’Algérie ont reculé de 13,1 % sur les huit premiers mois de 2026 par rapport à la même période de 2025. Le recul était déjà de 12 % à fin juillet.
Autrement dit, la tendance de long terme reste fortement positive, mais le commerce bilatéral n’avance pas de manière linéaire. Les ventes tunisiennes vers l’Algérie sont dominées par les industries mécaniques et électriques, qui représentent 56,53 % du total communiqué, devant les autres industries manufacturières à 31,53 % et l’agroalimentaire à 7,05 %. Ce profil montre l’existence d’un commerce industriel réel, mais aussi sa concentration sur un nombre limité de familles de produits.
De l’échange commercial aux chaînes de valeur
La mission de septembre a précisément mis l’accent sur des partenariats industriels plutôt que sur la seule progression des flux. Le CEPEX cite l’agroalimentaire, les matériaux, la plasturgie, l’énergie, les renouvelables et le photovoltaïque parmi les secteurs explorés lors des rencontres B2B et visites d’entreprises.
Un autre axe est déjà programmé : le CEPEX prévoit en novembre une mission d’acheteurs algériens d’intrants, accessoires et matières premières pour les filières textile, habillement, cuir et chaussure. L’objectif affiché est d’intégrer davantage les produits tunisiens dans les chaînes de valeur algériennes. Pour les entreprises algériennes, la logique inverse — vendre davantage de produits transformés au marché tunisien — constitue le principal levier pour réduire la concentration énergétique des exportations.
Analyse Algeria Business
Les faits : le commerce bilatéral atteint environ 2,76 milliards de dollars après une progression de 166 % en cinq ans ; l’Algérie est devenue le quatrième fournisseur et le septième client de la Tunisie ; les données de l’INS montrent néanmoins une baisse de 13,1 % des exportations tunisiennes vers l’Algérie sur janvier-août 2026.
Notre lecture : la hausse de long terme est significative, mais le prochain indicateur pertinent n’est plus seulement le volume total des échanges. Il faut regarder leur composition. Tant que l’énergie représente l’essentiel des ventes algériennes, la relation commerciale reste exposée aux prix des hydrocarbures. Le potentiel économique supplémentaire se situe dans les chaînes de valeur transfrontalières : composants mécaniques et électriques, matériaux, agroalimentaire, textile, plasturgie et énergies renouvelables. La proximité terrestre peut réduire les coûts logistiques et faciliter ces complémentarités, à condition que les procédures douanières, normes et circuits de paiement suivent la même logique d’intégration.
Cette évolution s’inscrit dans un enjeu plus large pour l’Algérie : élargir sa base exportatrice hors hydrocarbures. Notre comparaison des structures économiques et commerciales régionales montre combien la diversification des produits exportés devient déterminante lorsque l’objectif est de convertir les avantages énergétiques en tissu industriel durable.