Politique monétaire en Algérie : du financement non conventionnel au cadre actuel
Entre 2017 et 2019, l’Algérie a utilisé un mécanisme exceptionnel de financement monétaire direct du Trésor. Cet épisode ne doit pas être confondu avec la politique monétaire actuelle, aujourd’hui conduite à travers les taux d’intérêt, les réserves obligatoires, la gestion de la liquidité et un cadre légal renouvelé en 2023.
Qu’était le financement non conventionnel ?
La loi n° 17‑10 du 11 octobre 2017 a introduit l’article 45 bis dans l’ancienne ordonnance relative à la monnaie et au crédit. Il autorisait, à titre exceptionnel et pour une période pouvant aller jusqu’à cinq ans, l’achat direct par la Banque d’Algérie de titres émis par le Trésor.
Objectif 1 — Trésor
Participer à la couverture des besoins de financement du Trésor après la chute des prix des hydrocarbures et l’épuisement progressif de l’épargne budgétaire.
Objectif 2 — Dette interne
Financer une partie de la dette publique interne et des engagements accumulés envers plusieurs acteurs publics.
Objectif 3 — FNI
Financer le Fonds national d’investissement, notamment pour certaines opérations d’investissement et programmes publics.
À quoi ont servi les montants mobilisés ?
La Banque d’Algérie a publié en avril 2019 une ventilation de l’encours mobilisé.
| Affectation | Montant | Part approximative | Lecture |
|---|---|---|---|
| Déficit du Trésor | 2 470 Mds DA | 37,7 % | Financement des déficits 2017–2018 et partiellement 2019. |
| Dette publique interne | 1 813 Mds DA | 27,7 % | Remboursement de dettes envers Sonatrach, Sonelgaz et de l’emprunt obligataire pour la croissance. |
| CNR / CNAS | 500 Mds DA | 7,6 % | Refinancement de la dette de la CNR envers la CNAS. |
| Fonds national d’investissement | 1 773,2 Mds DA | 27,0 % | Programmes AADL, déficit de la CNR et projets structurants. |
Les pourcentages sont calculés à partir de la ventilation officielle de la Banque d’Algérie et arrondis.
Du dispositif exceptionnel au nouveau cadre monétaire
Comment fonctionne aujourd’hui la politique monétaire ?
Le pilotage actuel repose sur des instruments conventionnels de banque centrale et sur la gestion de la liquidité bancaire, dans le cadre de la loi monétaire et bancaire de 2023.
Taux directeur
Il influence le coût du refinancement bancaire et sert de signal sur l’orientation générale de la politique monétaire. Il est fixé à 2,50 % depuis janvier 2026.
Réserves obligatoires
Elles imposent aux banques de conserver une fraction de leurs exigibilités auprès de la Banque d’Algérie. Le taux observé à mi‑2026 est de 1 %.
Opérations de liquidité
La Banque d’Algérie peut fournir ou absorber de la liquidité par opérations principales, réglage fin, facilités permanentes et autres instruments prévus par son cadre réglementaire.
Objectif de stabilité des prix
La Banque d’Algérie présente la stabilité des prix comme objectif ultime de sa politique monétaire, avec un suivi de l’inflation globale et sous-jacente.
Taux de change
Le canal du change compte aussi dans une économie importatrice : la Banque d’Algérie souligne son rôle dans la limitation des risques d’inflation importée.
Prévision & modernisation
Depuis 2024, la Banque d’Algérie développe un système de prévision et d’analyse de politique monétaire de type FPAS afin d’améliorer la décision et la transmission.
Du taux directeur à l’économie réelle
Une décision monétaire n’agit pas instantanément sur les prix ou l’activité. Elle passe par plusieurs canaux dont l’efficacité dépend du fonctionnement du système bancaire et des marchés financiers.
Crédit
Le coût et la disponibilité du financement bancaire influencent consommation, investissement et besoin en fonds de roulement.
Liquidité
Un excès de liquidité bancaire peut réduire l’efficacité d’un simple changement de taux ; des opérations d’absorption peuvent alors compléter le signal de taux.
Change
Le taux de change affecte le prix en dinars des biens importés et donc une partie de l’inflation domestique.
Anticipations
La crédibilité et la communication de la banque centrale influencent les anticipations d’inflation et les décisions des agents économiques.
Ce qu’il faut retenir du financement non conventionnel
L’épisode 2017–2019 doit être analysé comme une réponse exceptionnelle à une contrainte de financement public, pas comme un substitut permanent à une politique budgétaire et monétaire soutenable.
1. Création monétaire ≠ dépense immédiate
Le montant mobilisé auprès de la Banque d’Algérie ne se traduit pas intégralement et instantanément par une hausse équivalente de la monnaie en circulation : l’usage des fonds et leur destination comptent.
2. Inflation : relation non mécanique
La Banque d’Algérie souligne qu’en 2018–2019, le financement non conventionnel ne s’est pas accompagné d’une accélération de l’inflation. Cela ne signifie pas qu’un financement monétaire est sans risque inflationniste dans d’autres contextes.
3. Discipline budgétaire
Un financement direct du Trésor peut réduire la contrainte immédiate de financement, mais crée un risque si les dépenses permanentes progressent plus vite que les ressources durables.
4. Gestion de la liquidité
La banque centrale doit pouvoir absorber ou fournir de la liquidité selon la situation afin de maintenir la cohérence avec son objectif de stabilité des prix.
5. Cadre institutionnel
La loi monétaire et bancaire de 2023 est désormais la référence du cadre actuel. L’analyse doit donc distinguer explicitement l’ancien mécanisme exceptionnel des instruments contemporains.
Conclusion AB
Le suivi pertinent aujourd’hui porte sur l’inflation, les taux, la liquidité, le crédit, le financement du déficit et les liens entre politique monétaire et finances publiques — plutôt que sur la seule référence historique à la « planche à billets ».
Indicateurs de politique monétaire
Taux directeur
Suivre les décisions du Conseil monétaire et bancaire et leur calendrier.
Réserve obligatoire
Mesurer les changements du taux et leur effet sur la capacité de prêt des banques.
Inflation globale & sous-jacente
Distinguer la dynamique générale des prix des composantes plus volatiles.
Liquidité bancaire
Observer encours, opérations d’absorption ou de refinancement et concentration par banque.
Crédit à l’économie
Suivre la croissance des crédits et leur répartition entre entreprises, ménages et secteur public.
Financement du Trésor
Suivre dette intérieure, émissions de titres, concours bancaires et éventuelles opérations exceptionnelles.
Documents de référence
Les faits historiques, les instruments actuels et l’analyse AB sont distingués explicitement.