valeur
du
dinar

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Définition

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Algérie

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Analyses

taux de change

Ce document va commencer par clarifier un certain nombre de concepts de base sur le taux de change, le marché de change, la dévaluation, la dépréciation. Ensuite passer en revue la situation du marché de change en Algérie, officiel et parallèle, et finir par des analyses sur la montée de ce dernier et les projections sur les évolutions futures. 

Définitions
&
concepts

La monnaie est un pilier de l’économie et l’un des instruments les plus utilisés dans notre vie quotidienne, elle remplit une triple fonction de calcule économique, de paiement et de réserve de valeur.

Les relations monétaires internationales sont organisés dans le cadre d’un Système Monétaire International «SMI » selon un ensemble de règles qui servent à assuré les échanges et la circulation des monnaies et la stabilité du taux de change et la convertibilité des monnaies. Ce système a connu un passage d’un système de change fixe (Etalon or et le système Britten woods) au système de change flottant qui généralise les monnaies.

La politique monétaire a pour objectif de contrôler la liquidité de l’économie à travers l’offre de monnaie. L’application de la politique monétaire doit limiter l’expansion du crédit au cours de l’avènement de la manne pétrolière. La banque centrale intervient régulièrement sur le marché monétaire afin de maîtriser les taux d’inflation et de change.

Le taux de change est un des éléments de la politique monétaire, en effet, les autorités monétaires utilisent les instruments monétaires pour atteindre un certain niveau du change de la monnaie nationale sur le marché des changes.

Le taux de change d’une devise (appellation d’une monnaie qui est acceptée à l’étranger) est le cours, c’est à dire le prix, de cette devise par rapport à une autre devise.

On ne peut pas évaluer la valeur d’une devise dans l’absolu; c’est pourquoi elle est toujours exprimée relativement à une autre monnaie par un taux de change, et en observant les variations de ce taux dans le temps. Chaque devise a donc un taux de change vis-à-vis de chacune des autres devises. On parle de taux de change bilatéral pour désigner le rapport d’échange entre deux devises et de taux de change effectif lorsque l’on considère l’ensemble des taux de change bilatéraux. Pour l’établir on pondère en général chaque taux de change bilatéral par la part du commerce international du pays réalisée dans cette devise.

Le marché des changes est le marché sur lequel se retrouvent tous les participants désireux de vendre ou d’acheter une devise contre une autre. Dans le jargon financier, il est souvent question du Forex pour désigner le marché des changes ; contraction des termes anglais FOReign EXchange.

Les marchés des changes sont composés de banques, de sociétés commerciales, de banques centrales, de sociétés de gestion d’investissements, de fonds spéculatifs, de courtiers et d’investisseurs. 

Les marchés de change sont interconnectés dans un vaste réseau électronique de banques, intermédiaires, institutions et courtiers (qui entreprennent des transactions par le biais des traders éventuellement). Le marché des changes détermine la valeur des monnaies en binômes, laquelle valeur s’appelle taux de change nominal. Les opérations de change se font soit sur le marché au comptant qui est très volatile, soit à terme ou les déterminants sont des facteurs fondamentaux tels que les taux d’intérêt relatifs et la croissance économique.

Pour l’Algérie le marché des changes se caractérise par une dualité de compartiments (officiel et parallèle) depuis de longues années. 

La dévaluation est une décision officielle des autorités monétaires consistant à diminuer la valeur de la monnaie nationale par rapport à un étalon de référence (or, une autre monnaie, etc.).

Ainsi, après une dévaluation, il est nécessaire de fournir davantage de monnaie nationale pour obtenir la même devise étrangère qu’auparavant. Il est donc plus coûteux d’acheter à l’étranger. Inversement, les étrangers trouvent le territoire national meilleur marché (favorable au tourisme, favorable aux exportations, etc..). 

Une dévaluation (ou l’opération inverse qu’est la réévaluation), n’est possible que dans un système de changes fixes, où les parités des monnaies correspondent à des taux de change officiels et stables par rapport à un étalon (exemple du système monétaire international de Bretton Woods)

 

C’est la constatation de la baisse de la valeur d’une monnaie sur le marché des changes, sans qu’elle soit le résultat d’une décision officielle des autorités monétaires du pays.

Dans un système monétaire international où les changes ne sont pas fixes, c’est à dire lorsque les Banques Centrales ne sont pas obligées d’assurer la stabilité de leur propre monnaie par rapport à d’autres devises, les taux de change fluctuent librement sur le marché des changes. La dépréciation correspond alors à la diminution de la valeur d’une monnaie par rapport à une ou plusieurs autres devises. Une dépréciation (ou, à l’inverse, une appréciation) peut être un processus très lent, à l’inverse d’une dévaluation qui est une modification brutale et officielle de la valeur d’une monnaie.

L’usage du terme de dévaluation (ou de réévaluation) est devenu impropre depuis l’abandon des parités fixes entre les monnaies en 1973. Il demeure cependant dans le cadre des accords Monétaires Européens puisque l’on parle de dévaluation ou de réévaluation lorsque l’on modifie les « cours-pivots » entre les monnaies appartenant au mécanisme de change du Système monétaire européen.

Politique de change en Algérie

La politique monétaire définie par la banque d’Algérie a pour objectif ultime la stabilité interne et externe de la monnaie nationale comme il est stipulé dans son article 35 de l’ordonnance numéro 03-11 du 26 août 2010 modifiant et complétant l’ordonnance numéro 03-11 du 26 août2003. 

La politique monétaire s’inscrit donc, dans la démarche globale du gouvernement qui vise à la réalisation du plein emploi et à l’équilibre de la balance des paiements, tout en préservant la stabilité des prix et du taux de change de la monnaie nationale. Le taux de change est donc l’un des éléments de la politique monétaire en Algérie. 

La détermination de la valeur externe du dinar algérien a évolué dans le sens d’une plus grande flexibilité pour faire de la politique de change un levier de gestion macroéconomique.

 Jusqu’en décembre 1973, le taux de change du dinar était fixé par rapport au dollar en raison de la prépondérance du pétrole dans les échanges extérieurs de l’Algérie. A partir du 1er janvier 1974 et pour se prémunir contre la volatilité du dollar, le taux de change était fixé par rapport à un panier de monnaies qui reflétaient la structure des échanges commerciaux du pays et qui faisaient l’objet d’ajustements occasionnels. A partir du 1er octobre 1994, la Banque d’Algérie a mis en place un système de gestion souple du dinar à travers des sessions quotidiennes de fixing avec la participation des banques commerciales.

Le 2 janvier 1996, le système a été remplacé par un marché interbancaire de devises. Les sessions de fixing et le marché interbancaire qui y a succédé font partie des réformes mises en place dans la cadre des plans d’ajustement du pays appuyés par le FMI (dans le contexte des accord de stand-by de mai 1994 à mai 1995 et de la facilite élargie de crédit de mai 1995 à mai 1998), la Banque mondiale, la Banque africaine de développement, l’Union européenne et les Clubs de Paris et de Londres. Ces réformes s’inscrivaient dans le contexte de la libéralisation des échanges extérieurs du pays et du passage à un système de taux de change flexible.

Ces réformes avaient ouvert la voie à la décision des autorités de : 

(i) rendre le dinar algérien convertible en acceptant les obligations énoncées à l’article VIII, sections 2, 3 et 4 des statuts du FMI, avec effet au 15 septembre 1997. Cela signifie que le gouvernement s’engage à s’abstenir d’imposer des restrictions sur les paiements et les transferts pour les transactions internationales courantes ou à s’engager dans des accords de change discriminatoires ou des pratiques multidevises sans l’approbation du FMI ; et 

(ii) accepter l’ouverture de bureaux de change. 

Mais dans la réalité, le gouvernement avait demandé à l’époque et à juste titre une dérogation pour limiter les accès aux devises pour les ménages en raison des faibles réserves de change du pays en 1998. Toutefois, même lorsque le pays avait accumulé des niveaux élevés de devises après la remontée spectaculaire du baril du pétrole, l’exclusion des ménages du marché officiel des devises a été maintenue de façon surprenante.

La cession des devises a évolué dans le sens d’une certaine libéralisation. Jusqu’à fin 1994, les opérations de change avaient fait l’objet de nombreuses restrictions et conduites de façon administrative, avec un arsenal qui a inclus au fil des ans un système de taux de change multiples, des licences d’importation et des quotas de devises aux 5 banques primaires de l’époque qui en retour les mettaient à la disposition des entreprises publiques qui étaient domiciliées à leur niveau.

Les instruments monétaire de la banque d'Algérie

Aller dans le détail

Découvrir le dossier dédié

Le Marché interbancaire des changes (MIC) en Algérie, institué par le règlement numéro 95-08 du 23 décembre 1995, est un marché entre banques et établissements financiers où sont conduites toutes les opérations de change au comptant et à terme entre la monnaie nationale et les devises étrangères librement convertibles, constituant ainsi le lieu de détermination des cours de change des devises par le jeu de l’offre et de la demande. 

La source principale de l’offre de devises sur le marché officiel est la Banque d’Algérie qui est l’acheteur exclusif des recettes d’exportations des hydrocarbures. Les autres exportations ne génèrent que des montants très faibles (soit environ 1 milliard de dollars) dont la moitié peut être conservée par les exportateurs (500 millions de dollars). Toutefois, même si cette structure a représenté un progrès dans le sens de la détermination du prix du dinar en termes de devises étrangères, il n’en demeure pas moins qu’il est asymétrique et se caractérise par un nombre limité de participants. En outre, les ménages algériens ont un accès limité qui ne leur permet pas d’acquérir les montants de devises suffisants pour financer leurs besoins en soins médicaux, les études de leurs enfants et leurs voyages, les invitant indirectement aller satisfaire leurs besoins sur le marché parallèle.

La valeur du dinar

En 1964, date de création de la monnaie nationale, le dinar algérien était coté à 1 dinar pour 1 franc, et par rapport au dollar 1 dinar pour 5 dollars. Ce n’est que depuis 1974 que les pouvoirs publics décident d’aligner le Dinar algérien sur un panier de 14 monnaies.

Une première dévaluation intervient entre 1986/1990 de 4,82 à 12,191 (cours USD/DZD), de 150% suivi d’une seconde dépréciation, de l’ordre de 22% en 1991. Depuis 1986, le Dinar algérien et sous le choc de la baisse des recettes pétrolières, a connu une forte dépréciation, passant de 4,82 à 12,191 (cours USD/DZD), soit une dévaluation de plus de 150%.

La seconde dépréciation, de l’ordre de 22%, est intervenue en 1991 sous le contrôle du Fonds monétaire international (FMI).

Trois ans plus tard, une nouvelle dévaluation, cette fois-ci de plus de 40% par rapport au dollar américain, est opérée, Cette dévaluation fut fortement recommandée par le FMI et la banque mondiale.

L’année 1995 marque, elle, les premiers pas vers une convertibilité commerciale de la monnaie algérienne. Quant à sa convertibilité totale, celle-ci est reportée à plusieurs reprises. 

Aujourd’hui, la valeur du dinar est de 120 dinars. 

Evolution du marché de change

Formel et informel

Analyses

Les vocables se succèdent : dévaluation, dépréciation, surévaluation….Mais, la réalité est là. Le dinar algérien dégringole face aux autres monnaies. Sur la différence entre une dépréciation et une dévaluation, les responsables de la Banque d’Algérie estiment qu’il est « insensé » de parler de dévaluation du dinar du moment que le taux de change de ce dernier est soumis au régime flottant dirigé. Autrement dit, le régime flottant dirigé ne peut « cohabiter » avec la dévaluation.

C’est donc la Banque centrale qui administre la valeur du dinar en se référant à un panier de devises étrangères (euro, USD, yen, GPB…) pour déterminer une valeur de change à la devise nationale. Elle “réajuste” cette valeur en fonction de différents paramètres macroéconomiques (soldes extérieurs, la croissance économique, l’inflation, déficit budgétaire…). Elle fait à la “main” ce que les marchés font pour les devises librement convertibles en confrontant offre et demande. 

Selon les chiffres de la Banque centrale, le taux de change moyen du dinar par rapport au dollar s’établissait à 93,24 DA à la fin mars 2015 contre 126 DA en 2020 et il va poursuivre sa chute, d’après le projet de loi de finance 2021. La dévaluation du dinar algérien par rapport au dollar américain, sera effective dès l’entame de l’année 2021. Elle sera massive, puisqu’elle portera sur environ 47% au total et, progressive, en ce sens qu’elle se fera en trois étapes. La première dévaluation qui sera effective dés le début de l’année 2021, sera de 10,33%, la seconde, opérée en 2022 , sera de 15,77% et la dernière qui interviendra en janvier 2023, sera de 21,21 %.

Selon les arguments de la Banque d’Algérie, celle-ci est obligée d’ajuster le taux de change nominal du dinar de façon à ce que le taux de change réel soit à son niveau d’équilibre qui est déterminé par les fondamentaux de l’économie nationale que sont le prix de pétrole, le différentiel de l’inflation et de la productivité entre l’Algérie et ses partenaires étrangers.

La Banque d’Algérie devant la baisse des recettes extérieures, cherche l’équilibre entre deux objectifs contradictoires: freiner les importations et préserver le pouvoir d’achat des citoyens.

Le gouvernement cherche à « casser la hausse effrénée des achats à l’extérieur » va demander à la Banque d’Algérie de changer de politique sur le dinar qui serait encore « surévalué » . Le but de la manœuvre est de mécaniquement renchérir les biens et les services importés : en effet, un dinar moins fort ne permet plus d’acheter la même quantité de produits. Ainsi, le gouvernement espère réduire la facture des importations et freiner la (sur) consommation des ménages.

La baisse du dinar et du pouvoir d’achat des Algériens n’est pas sans effets néfastes. Le risque inflationniste pèse lourdement sur l’économie du pays. D’autant plus que la Banque d’Algérie ne dispose pas du levier des taux d’intérêts directeurs, inopérants, pour réguler l’inflation. Or, cette dernière peut s’avérer être un véritable poison pour l’économie du pays.

Les chefs d’entreprise craignent des répercussions sur le prix de leurs intrants et la fragilisation de leur compétitivité.

Pour le secteur informel, une telle mesure réduirait considérablement leur marge de manœuvre spéculative.

Pour les adeptes de l’orthodoxie financière, l’abrogation de la loi sur la monnaie et le crédit rend otage la Banque centrale du pouvoir politique, ce qui explique selon eux les dérives monétaires successives. 

Avis d'experts

2020, octobre. El Watan
2020, octobre. El Watan

Mouloud Hedir

La dévaluation du dinar

En tant que telle, la fixation du taux de change du dinar n’est qu’un instrument de politique publique et c’est de celle-ci qu’il s’agit de discuter.

Aux yeux de CARE, la question est de savoir s’il est raisonnable de continuer à réguler nos échanges extérieurs par le recours à toutes sortes de restrictions bureaucratiques lourdes, complexes à mettre en œuvre et souvent stériles (licences ; interdictions ; droits de douane spécifiques ; taxes diverses ; etc.), là où l’outil universel de la dévaluation est nettement plus simple et plus efficace.

Il faut également comprendre pourquoi nous tolérons un déficit structurel aussi énorme de notre balance des paiements sur une aussi longue période.

Ce déficit paraît supportable jusque-là parce qu’il est amorti par nos réserves de change, mais qu’adviendra-t-il demain, sachant que celles-ci s’épuisent à vue d’œil et à un rythme aussi dangereux ? Nous fonçons droit dans le mur et c’est ce sur quoi CARE a voulu alerter.

Impacts de la dévaluation 

Une forte dévaluation n’est pas sans conséquences sur les entreprises même si l’impact est inégal d’un secteur à un autre. Par chance, peu d’entre elles sont endettées à l’extérieur, ce qui limite les aléas liés au risque de change. Globalement, elles vont toutes répercuter au moins partiellement le surcoût sur leurs intrants dans les prix de leurs produits, mais l’impact variera suivant le niveau des stocks au moment de la dévaluation. Celles qui doivent honorer des commandes à prix ferme vont vouloir les renégocier avec leurs clients.

Certains secteurs, comme les assurances, qui devront rembourser des coûts de sinistres plus lourds que prévu – les pièces de rechange devenant plus chères – seront amenés à se rattraper sur les primes des années suivantes.

Les cas les plus difficiles sont ceux des entreprises dont les produits sont à prix réglementés comme les biens alimentaires, les semences, l’eau, les médicaments, etc., pour lesquels l’ajustement nécessaire sera plus complexe, mais que les administrations compétentes seront tenues de mener à bien dans des délais courts, au risque d’asphyxier totalement des filières économiques sensibles.

Les répercussions sociales 

L’impact sur le pouvoir d’achat du citoyen est encore plus préoccupant et devrait mobiliser la collectivité nationale dans son ensemble.

Le drame des politiques économiques suivies depuis très longtemps, c’est qu’elles ont connecté durablement la fourniture des produits de base de notre population aux marchés d’importation. Le résultat, c’est que le prix actuel d’une baguette de pain ou d’un litre de lait ne dépend plus du labeur de nos agriculteurs, il dépend surtout d’un dinar surévalué. A quoi il faut ajouter les subventions aux producteurs agricoles dans les grands pays exportateurs (l’UE et les USA en particulier).

Et enfin, les subventions internes au consommateur que consent le budget de l’Etat algérien à des denrées de base importées.

Comment l’agriculteur algérien peut-il s’en sortir face à une telle concurrence ? Le grand défi des années qui viennent sera celui de réorienter progressivement vers la production agricole toutes ces subventions que nous utilisons aujourd’hui pour soutenir la consommation de productions importées.

Cela dit, la dépréciation est une condition nécessaire mais pas suffisante. Le dinar algérien a perdu 40% de sa valeur depuis 2014 sans que cette dérive silencieuse ait contribué à mettre un terme au déficit de la balance des paiements ou à stimuler la croissance.

Cesser la subvention des importations par un dinar surévalué ne suffit pas, ce n’est qu’une partie des réformes de fond essentielles que notre pays va devoir mener à bien.

 

 

2020, 20 juillet. Liberté
2020, 20 juillet. Liberté

Souhil MEDDAH

La valeur du dinar

La fluctuation de la valeur du dinar est une bascule qui obéit à des orientations cumulatives. Ces dernières sont tirées à̀ partir de trois éléments-clés. 

Le premier étant fondamentalement dépendant du niveau du stock monétaire en réserves de changes, qui indique des perspectives moins favorables pour l’équilibre de la balance des paiements, ainsi que  sur la composante de la contrepartie en fiscalité pétrolière directe et indirectement sur les fiscalités ordinaires. 

Le deuxième élément concerne le poids des revenus par rapport aux décaissements à l’extérieur qui nécessitent une lecture très approfondie sur la structure de la demande et de l’offre sur la monnaie nationale. Tout en sachant que des effets inattendus par rapport aux injonctions prévues dans le mode opératoire, accompagnateur du financement non conventionnel, se font sentir négativement et ne donnent pas l’opportunité de recycler les valeurs dégagées dans une perspective de générer plus de moteurs de croissance.

Le troisième élément est que le prix du baril, comme facteur quantitatif externe, n’arrive plus à assurer la contrepartie des mouvements d’adaptation plus flexible et rationnelle du dollar sur le marché international.

En termes plus synthétisés, les ressources externes commencent à donner des signaux alarmants, tandis que les ressources internes qui, étant dans une position statique, ne pourront pas, avec le temps, jouer leur rôle de compensateurs direct ou indirect sur l’état de la monnaie nationale.

La dévaluation du dinar 

Dans le contexte actuel, c'est beaucoup plus des phénomènes structurels défavorables que des actions conjoncturelles ciblées. Cela est dû à l’effet de la dévaluation qui, dans sa nature, ne pourra qu’être artificiellement monétaire pour une finalité budgétaire. Dans ce cas de figure, la baisse de la valeur du dinar s’inscrit dans un cadre d’effet assumé par rapport à une conjoncture difficile et incontrôlable.

La cote officielle étant ces derniers temps en situation de rapprochement par rapport au niveau de celle informelle, la parité ne doit pas se situer très loin de la fourchette des 165 DA à 170 DA  pour 1 euro. Car, plus elle diminue, plus les effets de subvention doperont directement ou indirectement les demandes en monnaies étrangères. Dans le cas contraire, le pouvoir d’achat ne pourra pas supporter le coût  de cette hausse. Cela reste une projection probable.

2020, 20 mai. Liberté
2020, 20 mai. Liberté

Nour MEDAHI

La valeur de la monnaie

La valeur de la monnaie d’un pays est le reflet de l’état de son économie. L'économie algérienne ne va pas bien. La croissance de 2019 a été de 0,8%, soit la plus faible depuis 25 ans. La récession paraît inéluctable pour l'année 2020. Depuis le contre-choc pétrolier de 2014, le déficit annuel du compte courant de la balance des paiements est au-dessus de 10% du PIB.

L’effondrement du prix du pétrole cette année, combiné à la baisse de production que notre pays s’est engagé à faire dans le cadre de l’accord Opep+, fera que ce déficit sera proche de 15% si rien n’est fait. Une implication simple est que le dinar est surévalué, bien que la valeur d’un dollar soit passée de 80 DA en juin 2014 à 120 DA à fin 2019.

Le dinar est surévalué :

Pour fixer les idées, prenons le cas de la Norvège et de la Russie qui sont de grands producteurs et exportateurs d’hydrocarbures et dont les monnaies sont librement cotées sur les marchés financiers. Depuis le début de l’année, les monnaies de ces pays ont baissé de 14 et 16% par rapport au dollar, et pourtant, ces deux pays ont eu des excédents des comptes externes et internes en 2019.

La Banque d’Algérie a repris la baisse du dinar puisqu’un dollar vaut 128,8 DA (en mais) contre 120 mi-mars, soit une baisse de 6,9%, mais c'est encore loin du compte.

Le dinar est surévalué tant que le déficit externe est au-dessus de 3% du PIB.

Au début de l’année 2020, les estimations étaient que le dinar est surévalué de 25 %, c’est-à-dire qu’un dollar devrait valoir 160 DA. Avec la crise du Covid-19 et l’effondrement du prix du pétrole, cette estimation doit être revu à la hausse,  un dollar devrait valoir 175 DA.

À 175 DA pour un dollar devrait être l’objectif en termes réels de la Banque d’Algérie. L'ajustement peut être lissé dans le temps, il peut être atteint à l’été 2021, ce qui ferait une baisse de 31,4% sur quinze à dix-huit mois. 

C’est beaucoup, mais la situation est grave. Ce calcul est fait en termes réels. Comme il y aura plus d’inflation en Algérie que chez ses partenaires commerciaux, il faudra en tenir compte en faisant baisser le dinar en termes nominaux pour qu’il reste constant en termes réels. 

Impacts de la baisse du dinar : prise en compte comme référence 175 DA pour un dollar.

  • Importations 

La baisse du dinar va rendre les importations plus chères, et donc elles vont baisser, ce qui va réduire le déficit externe. Depuis 2014, les plus fortes baisses des importations ont eu lieu au moment de la baisse du dinar, c’est-à-dire sur la période 2015-2016.

  • Inflation 
  • 1- Inflation importée : le passage de la valeur d’un dollar de 120 DA à 175 va créer de l’inflation car tous les produits importés vont être impactés. En supposant que le tiers de la consommation du pays provient de l’étranger, l'évaluation de cette inflation peut se faire à 15% étalée sur deux à trois ans.
  • 2- Inflation des produits subventionnés : il y aura de l’inflation qui proviendra de la hausse des produits subventionnés, en particulier les produits énergétiques.  Cette hausse sera inévitable au cours des trois à cinq prochaines années, supposition que l’inflation sera de 20% sur trois à cinq ans.
  • 3- Inflation du SNMG :  rajoutons 15% d’inflation sur une période de cinq ans qui va venir des autres hausses, comme par exemple celle du SNMG que le gouvernement vient d’annoncer.

La combinaison des trois inflations donne une inflation globale de 60% sur cinq ans, soit une moyenne annuelle de près de 10%. Prenons une inflation de 2% par an pour nos partenaires commerciaux, ce qui donne une inflation de 10,5% sur cinq ans. 

La valeur de 175 DA pour un dollar en termes réels passe à 253 DA en termes nominaux.

  • Fiscalité pétrolière

La baisse du dinar va aussi augmenter la fiscalité pétrolière, la fiscalité douanière et les dividendes que va verser la Banque d’Algérie au Trésor, ce qui va réduire le déficit budgétaire.

  • Production locale

La baisse du dinar va, en outre, favoriser la production locale, au détriment des importations, et aider les exportations hors-hydrocarbures, à commencer par les produits agricoles. L'Algérie exporte nettement moins de produits agricoles que nos voisins.

Impacts sur les ménages 

La baisse du dinar va générer de l’inflation, ce qui va baisser le pouvoir d’achat. L’inflation va impacter tout le monde, en particulier les plus vulnérables. 

L'inflation va aussi sauvegarder et créer des emplois, ce qui est une protection du pouvoir d’achat.

Je pense qu’il faut définir les priorités. Faut-il privilégier l’emploi ou le pouvoir d’achat de ceux qui ont un salaire ou une pension ?

Réduire l'impact : hausse de toutes les allocations d’aide. Exemples : 

  • L'allocation familiale est de 600 DA par mois et par enfant, mais n’a pas changé depuis l’année 2000, alors que l’indice des prix a été multiplié par deux entre 2000 et 2020. Cette allocation devrait être de 1200 DA pour avoir le même niveau de vie qu’en 2000.
  • L’allocation forfaitaire de solidarité dont le montant est de 3000 DA est inchangée depuis 2009, alors que l’indice des prix a été multiplié par 1,62. Elle devrait être proche de 5000 DA.
  • Hausse du salaire minimum qui n’a pas changé depuis janvier 2012, alors que l’indice des prix a été multiplié par 1,4. Mais le problème est que tous les salaires indexés sur le salaire minimum vont augmenter de 11,1%. Est-ce raisonnable étant donné la situation économique du pays ? Aurait-il été possible d’enlever cette indexation avant d’augmenter le salaire minimum ?
  • Le gouvernement a aussi annoncé la suppression de l’impôt sur les revenus de moins de 30 000 DA par mois. Il est impossible de la faire sans l’appliquer à tout le monde, c’est-à-dire sans faire passer le taux de la seconde tranche d’imposition de 20% à 0%. Ainsi, toute personne qui a un revenu imposable de plus de 30 000 DA par mois payera 4000 DA d’impôts de moins par mois. En comptant les salariés et les retraités, je pense que le nombre minimum de personnes concernées est de trois millions. Nous allons donc avoir une baisse d’impôt de 144 milliards de dinars. 

Les moyens de la politiques 

Est-ce que le pays aura les moyens d’une telle politique quand le déficit du Trésor sera proche de 15% du PIB ? D’autant que ce déficit est financé par la planche à billets ? Nous savons que les prix des produits subventionnés vont augmenter au cours des prochaines années. De fait, c’est une hausse des impôts. Il est préférable d’associer cette réforme des subventions à une réforme fiscale et à une réforme de la grille salariale.

Augmenter de manière unilatérale le salaire minimum et baisser l’impôt sans entamer la hausse des prix subventionnés est une mauvaise politique. Elle enlève des marges de manœuvre pour les réformes à venir.

Une augmentation des pensions des retraites entre 2 et 7% vient aussi d’être annoncée. Est-ce-que la caisse des retraites a les moyens de le faire ? Rappelle que depuis trois ans, plus de la moitié des dépenses de cette caisse est financée par la planche à billets. C’est donc celle-ci qui va financer ces hausses, comme les déficits des années qui viennent. 

2019, novembre. Liberté
2019, novembre. Liberté

Omar Berkouk

Les marchés réagissent immédiatement et brutalement à tout évènement macroéconomique susceptible d’affecter la parité d’une devise. La Banque centrale a en revanche une gestion “politique” de ces taux de change. Elle en amortit les chocs au moins sur ses taux officiels mais elle laisse le marché parallèle (officieux) cristalliser la volatilité réelle du dinar. Cette gestion administrative de la devise est bien commode ; elle permet à la Banque centrale de “choisir” vis-à-vis de quelle devise du panier (euro ou USD) réajuster plus ou moins le dinar. L’Algérie exporte en dollars et importe principalement en euros.

Ces deux principales devises composent son panier pratiquement à égalité. Elles échangent entre elles à 1 euro=1,10 USD et nous observons les évolutions suivantes de 2010 à 2019 : en 2010 : 1€= 100 dinars, en 2019 1€=133 dinars, soit une baisse de 25%. Taux officieux : €/dinar : 200. En 2010 :  1$=70 dinars, en 2019 1$=121 dinars, soit une baisse de 41%. Taux officieux : $/DZD : 188. Le relatif maintien du dinar par rapport à l’euro a dopé les importations. Les taux implicites euro/USD qui ressortent des 2 marchés officiel et officieux sont : 1€=1,09 USD et 1,06.

Dans ce contexte, l’annonce d’un réajustement de la valeur du dinar de 121 à 133 par rapport au dollar à l’horizon 2022, soit 7% de baisse, n’a rien d’extraordinaire. Cette baisse s’inscrit dans la tendance de la devise nationale par rapport aux devises étrangères d’échange et de réserves. Elle ne reflètera que partiellement les mauvaises performances économiques du pays. Elle aura des conséquences du point de vue comptable sur les recettes fiscales pétrolières.

Le gouvernement, en limitant à 1000 euros la détention sans justificatif de devises en banque, rend difficile une course des Algériens vers le change officieux. L’intérêt de détenir des devises obtenues “au marché noir” était de pouvoir les déposer en banque sans limite de montants et de les ressortir “blanchis” à coups de 7500€. Le phénomène que nous observerons sûrement c’est une nouvelle thésaurisation en devises qui va se rajouter à la thésaurisation en dinars dénoncée par le ministre des Finances et qui s’élève à 5000 milliards de dinars. 

 

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