Sonatrach 2025 : investissements en hausse de 29 %, revenus en baisse

Sonatrach a investi 1 078 milliards de dinars en Algérie en 2025, soit environ 7,96 milliards USD au taux officiel du 30 octobre 2026, une hausse de 29 % sur un an. Pourtant, son chiffre d’affaires recule. Le rapport annuel publié le 1er novembre 2026 révèle une tension stratégique : renouveler les capacités pétrolières et gazières tout en améliorant la valeur ajoutée locale, dans un marché international moins rémunérateur.

Installations industrielles de raffinage éclairées la nuit, image d’illustration hors d’Algérie
Photographie d’illustration : installations de raffinage (hors d’Algérie). Crédit : Kamekichi Photos / Unsplash, licence Unsplash.

Des investissements en hausse, des recettes sous pression

Selon les données du rapport annuel 2025 reprises le 1er novembre par l’Algérie Presse Service, les investissements réalisés par Sonatrach sur le territoire national ont atteint 1 078 milliards DZD (environ 7,96 milliards USD), soit 29 % de plus qu’en 2024. Le groupe maintient donc un effort d’équipement et de développement élevé malgré un environnement énergétique volatil.

Le chiffre d’affaires de la société mère s’établit à 5 748 milliards DZD (environ 42,42 milliards USD), contre 6 523 milliards DZD (environ 48,14 milliards USD) en 2024 : la baisse ressort à près de 12 %. Les ventes à l’exportation représentent 5 230 milliards DZD (environ 38,60 milliards USD), tandis que le résultat net de la société mère atteint 603 milliards DZD (environ 4,45 milliards USD). Il faut distinguer ces comptes de ceux du groupe consolidé, dont le chiffre d’affaires s’élève à 7 382 milliards DZD (environ 54,48 milliards USD) et le résultat net à 729 milliards DZD (environ 5,38 milliards USD).

Analyse Algeria Business : l’augmentation des dépenses d’investissement ne signifie pas automatiquement une amélioration de la rentabilité. Elle peut traduire la nécessité de renouveler des gisements, de maintenir les capacités et d’engager des projets dont les revenus n’apparaîtront que plusieurs années plus tard. Le bon indicateur sera la capacité à transformer ces investissements en production commercialisable, marges et recettes durables.

Exploration et raffinage : où va l’argent ?

L’exploration-production absorbe environ 69 % de l’enveloppe, soit 740 milliards DZD (environ 5,46 milliards USD). Les activités de raffinage et de pétrochimie mobilisent 190 milliards DZD (environ 1,40 milliard USD), une progression annoncée de 276 %. Le transport par canalisations reçoit 59 milliards DZD (environ 435 millions USD) et la liquéfaction-séparation 56 milliards DZD (environ 413 millions USD).

Le bilan fait état de 17 découvertes d’hydrocarbures et de 134 puits de développement achevés. La production primaire atteint 193,7 millions de tonnes équivalent pétrole, proche de son niveau de 2024. Ces données éclairent la logique de l’investissement : préserver le potentiel de production et préparer les capacités futures, plutôt que rechercher uniquement une augmentation immédiate des volumes.

Le raffinage mérite une attention particulière. La demande nationale d’énergie augmente, et les ventes sur le marché intérieur auraient progressé de 6 %, à 76,1 millions de tonnes équivalent pétrole. Dans le même temps, les importations de produits pétroliers ont atteint 1,404 million de tonnes, dont environ 1,078 million de tonnes de gasoil. Une montée en capacité de transformation locale pourrait réduire certaines dépenses d’importation, à condition de maîtriser les coûts, les délais et les rendements industriels.

Contenu local : le nombre de contrats ne suffit pas

Sonatrach indique avoir conclu 2 589 contrats représentant 881 milliards DZD (environ 6,50 milliards USD). Parmi eux, 2 150 contrats ont été attribués à des entreprises algériennes, soit près de 83 % en nombre, pour une valeur de 512 milliards DZD (environ 3,78 milliards USD). La part nationale ressort donc à environ 58 % de la valeur totale : c’est un résultat significatif, mais différent des 83 % souvent mis en avant.

Analyse Algeria Business : la vraie question est la profondeur de l’intégration industrielle. Une commande attribuée à une entreprise installée en Algérie peut encore incorporer une proportion importante d’équipements importés. Pour mesurer l’impact sur la diversification, il faut suivre la part de fabrication nationale, les compétences transférées, les emplois qualifiés et les capacités exportables développées par les sous-traitants.

Cette logique concerne également les infrastructures logistiques. Le récent bilan du port de Skikda montre combien la compétitivité industrielle dépend de la manutention, des délais de transport et de la fiabilité des chaînes d’approvisionnement. Les projets énergétiques n’échappent pas à ces contraintes.

Production, exportations et climat : les indicateurs à surveiller

Le groupe rapporte des exportations de 34 milliards de mètres cubes de gaz naturel et de 20,5 millions de mètres cubes de GNL, ainsi que des ventes de pétrole brut, condensat, GPL et produits raffinés. Ces catégories ne doivent pas être additionnées sans harmoniser les unités ni les périmètres. La dynamique des recettes dépend autant des prix internationaux et des conditions contractuelles que des volumes.

Sur le plan environnemental, le volume de gaz torché est annoncé à 2,61 milliards de mètres cubes, en baisse de 31 % par rapport à 2020. Ce recul constitue un progrès mesurable, mais le niveau absolu reste important. Réduire davantage le torchage pourrait limiter les émissions et valoriser une ressource énergétique qui serait autrement perdue.

La performance à suivre en 2026 et 2027 doit donc associer quatre dimensions : production réellement disponible, rentabilité des nouveaux investissements, valeur ajoutée créée par les fournisseurs nationaux et baisse des pertes énergétiques. La décision de l’équipe Algeria Business est de privilégier ces indicateurs d’exécution plutôt que les seuls montants annoncés.

Conclusion : investir plus ne suffit pas, il faut investir mieux

Le bilan 2025 décrit une entreprise qui accroît ses investissements alors que ses revenus diminuent. Cette combinaison peut être économiquement justifiée si les projets améliorent durablement la productivité, sécurisent l’approvisionnement et élargissent les débouchés industriels algériens. Elle comporte aussi un risque : immobiliser des ressources considérables dans des capacités dont les rendements futurs restent incertains. Le prochain test sera celui des coûts unitaires, des délais de mise en service et des revenus effectivement générés.

Sources : Algérie Presse Service, 1er novembre 2026 ; Les Enjeux Eco, synthèse du rapport annuel 2025 ; Sonatrach, espace officiel des publications ; Banque d’Algérie, cotation du 30 octobre 2026. Conversions indicatives effectuées au taux de 1 USD = 135,5079 DZD, publié le 30 octobre 2026 ; elles ne correspondent pas nécessairement aux équivalents historiques retenus dans le rapport.