Port de Skikda : plus de 200 000 EVP en dix mois, le défi de la performance logistique
Le port de Skikda a franchi le seuil de 200 000 équivalents vingt pieds (EVP) traités entre janvier et octobre 2026, selon son directeur commercial. Ce record illustre la progression de l’activité conteneurisée, mais ne suffit pas, à lui seul, à mesurer la compétitivité logistique. Pour les entreprises algériennes, le véritable enjeu est de transformer ce volume supplémentaire en délais plus courts, coûts maîtrisés et meilleure fiabilité des approvisionnements.

1. Un record de trafic à replacer dans sa série historique
L’Algérie Presse Service rapporte, dans une dépêche du 31 octobre 2026, que l’Entreprise portuaire de Skikda a dépassé 200 000 EVP en dix mois. L’EVP est une unité de capacité correspondant à un conteneur de vingt pieds ; il ne faut donc pas confondre ce volume avec un nombre physique de boîtes, dont certaines mesurent quarante pieds.
Un document publié par l’Entreprise portuaire de Skikda fait état de 175 849 EVP pour l’ensemble de 2024, contre 163 557 en 2023. Le niveau atteint dès octobre 2026 dépasse ainsi d’au moins 13,7 % le total de toute l’année 2024. Cette comparaison illustre le franchissement d’un seuil, mais ne constitue pas un taux de croissance annuel homogène : il faudrait comparer les dix premiers mois de chaque exercice pour mesurer précisément la progression.
Le précédent pic de 191 300 EVP pour l’année 2019, cité dans les informations du 31 octobre, est également dépassé. Ce résultat mérite d’être suivi jusqu’à la clôture de l’exercice, avec la publication des données définitives et une ventilation entre importations, exportations et transbordement.
2. Équipements et espaces logistiques : des investissements qui doivent produire des gains mesurables
La direction portuaire indique avoir acquis deux grues mobiles d’une capacité de levage de 60 tonnes chacune. Leur contribution potentielle est concrète : améliorer la manutention, limiter les immobilisations et prendre en charge certaines cargaisons lourdes. Mais une capacité de levage ne renseigne pas, à elle seule, sur le nombre de mouvements réalisés par heure ni sur la disponibilité réelle des équipements.
La modernisation ne concerne pas seulement les quais. Dans son bulletin de 2025, l’entreprise décrit une zone de dégagement située à environ trois kilomètres du port mixte : dix hectares, une capacité annoncée de 6 700 conteneurs, des installations de contrôle et des prises pour conteneurs frigorifiques. Cette infrastructure vise à transférer certaines opérations hors de l’enceinte portuaire et à libérer de l’espace.
L’effet économique attendu dépendra de la coordination avec les douanes, les transitaires, les transporteurs routiers et les opérateurs de stockage. Un conteneur déchargé rapidement, mais bloqué plusieurs jours avant sa sortie, continue de générer des coûts pour son destinataire. Les équipements et la zone de dégagement doivent donc être évalués comme un système logistique unique.
3. Ce que le record peut changer pour les importateurs et les industriels
Pour une entreprise qui importe des machines, des composants ou des matières premières, le passage au port conditionne une partie du besoin en fonds de roulement. Un retard de livraison peut immobiliser des capitaux, perturber une chaîne de fabrication ou imposer un stock de sécurité plus important. À l’inverse, une meilleure prévisibilité peut faciliter la planification des achats et des opérations industrielles.
La question concerne également les exportateurs : un accès régulier aux lignes maritimes et des formalités maîtrisées peuvent améliorer la capacité à respecter les engagements de livraison. Le développement d’un corridor performant suppose toutefois une continuité entre port, zones industrielles, entrepôts et réseaux terrestres. Le débat sur les infrastructures ne peut donc pas se limiter aux quais. Algeria Business a notamment analysé les conditions économiques du futur corridor ferroviaire saharien : la même exigence de débouchés réels et de connexions logistiques s’applique aux ports.
Il serait prématuré d’affirmer que le record de Skikda a déjà réduit les prix des produits importés. Les données publiques consultées ne fournissent ni une série récente des coûts de passage, ni les délais moyens de dédouanement, ni les frais de stationnement. Le bénéfice pour les entreprises reste donc une hypothèse à mesurer.
4. Les indicateurs indispensables pour juger la performance
Le volume EVP constitue un indicateur d’activité, pas un indicateur complet de productivité. Pour apprécier les progrès, Algeria Business recommande de publier régulièrement cinq séries : le temps d’attente des navires avant accostage ; le nombre de mouvements par heure et par grue ; la durée moyenne de séjour des conteneurs ; le coût total de passage portuaire ; enfin, la part des conteneurs évacués dans les délais annoncés.
Cette approche rejoint les analyses de la CNUCED sur le transport maritime, qui distinguent la capacité de traitement, les temps d’attente et l’efficacité opérationnelle. Les comparaisons internationales doivent néanmoins tenir compte des caractéristiques propres à chaque port : taille des navires, nature des marchandises et organisation des dessertes.
Un autre indicateur mérite une attention particulière : l’équilibre entre flux entrants et sortants. Une hausse des importations conteneurisées n’a pas les mêmes retombées qu’une progression simultanée des exportations de produits manufacturés. Les données détaillées permettraient de relier plus solidement l’activité portuaire aux ambitions de diversification économique.
Conclusion : passer du record de volume au record de service
Les 200 000 EVP franchis à Skikda constituent un résultat tangible, documenté par une déclaration officielle relayée le 31 octobre. Les équipements acquis et les aménagements logistiques offrent des leviers de progrès. La prochaine étape sera de démontrer, chiffres à l’appui, que cette croissance se traduit par une réduction des délais, une meilleure rotation des conteneurs et des coûts plus prévisibles pour les entreprises.
Analyse Algeria Business, 1er novembre 2026. Aucun montant en dinars n’est cité dans cet article. Référence de conversion pour les prochaines données financières : dernier cours vendeur officiel vérifié de la Banque d’Algérie, 1 USD = 134,94 DZD au 27 octobre 2026. Source : Banque d’Algérie.