Eau potable en Algérie : 44 milliards de dinars pour les réseaux en 2027, le défi des pertes

L’Algérie prévoit 44 milliards de dinars (environ 324,2 millions USD) en 2027 pour renouveler ses réseaux d’alimentation en eau potable. Annoncée le 2 novembre par le ministre de l’Hydraulique, Lounès Bouzegza, cette enveloppe pose une question économique centrale : comment transformer des travaux de canalisations en économies d’eau mesurables, alors que le pays investit simultanément dans le dessalement ?

Canalisation sur un chantier de renouvellement de réseau d’eau potable
Photographie d’illustration : Rose Galloway Green / Unsplash. Chantier de canalisation hors d’Algérie.

1. Une enveloppe nationale annoncée, pas encore un bilan de travaux

Le 2 novembre 2026, à Tlemcen, le ministre de l’Hydraulique a annoncé une enveloppe de 44 milliards DZD, soit environ 324,2 millions USD, destinée au renouvellement des réseaux d’alimentation en eau potable en 2027. Le programme vise notamment les conduites anciennes, les fuites et les branchements anarchiques. Selon les informations rendues publiques, quinze wilayas ont déjà bénéficié d’opérations de renouvellement de réseaux. Ces éléments proviennent de l’annonce rapportée par l’Algérie Presse Service (APS).

Le chiffre annoncé correspond à une programmation pour l’exercice 2027 : il ne signifie ni que les marchés ont tous été attribués, ni que l’enveloppe est intégralement décaissée. Les collectivités et les entreprises attendront les cahiers des charges, les linéaires concernés, les calendriers et les critères techniques. La distinction est essentielle pour évaluer la portée économique de l’annonce et éviter de confondre autorisation de dépense, engagement contractuel et réalisation physique.

2. Le vrai rendement : réduire les pertes plutôt que multiplier les volumes produits

Un réseau vieillissant peut perdre de l’eau avant même qu’elle atteigne l’abonné. Réparer les conduites et mieux contrôler les pressions permet alors d’améliorer l’approvisionnement sans produire systématiquement davantage d’eau. La logique est différente de celle d’une nouvelle usine : le gain se mesure en mètres cubes récupérés, en interruptions évitées et en dépenses d’exploitation réduites.

Cette priorité devient particulièrement importante avec l’extension du dessalement. Le même 2 novembre, les autorités ont lancé des projets de raccordement en aval de trois stations en cours de réalisation, à Tlemcen, Mostaganem et Chlef, selon l’APS. Une capacité de dessalement supplémentaire ne produit sa pleine valeur que si l’eau peut être transportée, distribuée et facturée correctement.

Notre analyse : le rendement économique de la politique hydrique dépend désormais autant de la qualité des réseaux que de la construction des unités de production. Algeria Business a déjà examiné les contrats entre l’ADE et l’ADC et leurs implications pour les coûts de distribution. Les deux investissements doivent être évalués ensemble, faute de quoi des dépenses nouvelles risquent de compenser des pertes anciennes.

3. Des marchés potentiels pour les entreprises, sous condition de transparence

Le renouvellement d’un réseau mobilise plusieurs métiers : diagnostic des fuites, cartographie des conduites, génie civil, fabrication et pose de tuyaux, vannes, compteurs, capteurs de pression, automatismes et systèmes de supervision. Il peut donc soutenir un tissu d’entreprises locales, à condition que les appels d’offres soient accessibles, que les spécifications soient publiées et que les délais de paiement restent maîtrisés.

Les opportunités ne se limitent pas aux grands groupes de travaux publics. Des PME spécialisées dans la détection acoustique, la maintenance, la télémétrie ou la gestion de données peuvent contribuer à la performance du réseau. L’enjeu est d’éviter que la dépense se résume à remplacer des kilomètres de conduites sans disposer d’une mesure fiable de l’état initial et des gains après intervention.

Pour les fournisseurs, le signal commercial est réel, mais il reste prospectif. L’annonce ne détaille pas la répartition par wilaya, le nombre de lots, les montants déjà contractualisés ni la part d’équipements qui pourrait être produite localement. Ces informations devront être vérifiées dans les consultations et décisions d’attribution, plutôt que déduites de l’enveloppe globale.

4. Les indicateurs à publier pour juger l’efficacité du programme

Une évaluation sérieuse devrait suivre au minimum quatre dimensions. D’abord, le linéaire de conduites effectivement remplacées, en distinguant les réseaux de transport des réseaux de distribution. Ensuite, le taux de pertes, mesuré avant et après travaux selon une méthode stable. Puis la continuité du service pour les ménages et les entreprises. Enfin, le coût complet de chaque opération, rapporté aux volumes d’eau récupérés et à la durée de vie attendue des équipements.

Un programme peut être entièrement consommé sur le plan budgétaire sans atteindre ses objectifs techniques. À l’inverse, une intervention ciblée sur des tronçons particulièrement dégradés peut produire un résultat supérieur à un chantier plus spectaculaire. Il faut donc publier des indicateurs par zone et rendre visibles les écarts entre prévisions, marchés conclus et travaux réceptionnés.

Les usagers économiques sont directement concernés. Une alimentation irrégulière oblige les commerces, les ateliers et les industriels à investir dans des réservoirs, des pompes ou des solutions de secours. La fiabilisation du service réduit ces coûts cachés, améliore la productivité et renforce l’attractivité de certains territoires pour l’investissement.

5. Analyse Algeria Business : faire de la sécurité hydrique une politique de productivité

Le programme de 2027 doit être lu comme un investissement de productivité publique, et non seulement comme une dépense d’infrastructure. Il peut créer de l’activité pour les entreprises de travaux et de technologie, tout en réduisant les pertes d’une ressource dont la production et le transport exigent des moyens croissants. Son succès dépendra de la sélection des tronçons prioritaires, de la qualité de l’exécution et du contrôle indépendant des résultats.

La prudence reste nécessaire : aucun taux national de fuite ni objectif chiffré de réduction associé à cette enveloppe n’a été confirmé dans l’annonce consultée. Algeria Business suivra les appels d’offres, les réalisations et les gains publiés. Pour situer cette politique dans le contexte des interventions sur les prix et les marchés, voir également notre analyse du suivi des produits essentiels.

Conversion indicative : 1 USD = 135,70 DZD, cours vendeur officiel affiché par la Banque d’Algérie pour le 2 novembre 2026. Le montant en dollars est arrondi ; aucun taux du marché parallèle n’est utilisé.