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Fiscalité des hydrocarbures en Algérie

La « fiscalité pétrolière » ne désigne pas simplement les revenus de Sonatrach ou la valeur des exportations. Elle recouvre des prélèvements spécifiques sur les activités d’hydrocarbures et, dans les documents budgétaires, une catégorie de recettes de l’État dont le niveau dépend fortement des prix, des volumes exportés et du cadre contractuel.

Mise à jour : septembre 2026 · cadre juridique et données budgétaires disponibles jusqu’en 2026
Fiscalité hydrocarbures 20262 697,9 Mds DAprévision budgétaire
Exécution 20243 840,8 Mds DArecettes hydrocarbures
Part des recettes 202446,26 %des recettes budgétaires
Prix fiscal 202660 $/barilhypothèse de cadrage
Prix de marché 202670 $/barilhypothèse de cadrage
Clé de lecture

Quatre notions à ne pas confondre

Le même secteur génère plusieurs flux financiers. Les additionner sans préciser leur nature conduit à surévaluer ou à mal interpréter la contribution des hydrocarbures aux finances publiques.

Fiscalité des hydrocarbures budgétisée

Catégorie de recettes inscrite dans les documents budgétaires de l’État. Elle est distincte des autres recettes fiscales et des revenus tirés des participations publiques.

Prélèvements de l’amont

Redevance hydrocarbures, impôt sur le revenu des hydrocarbures, impôt sur le résultat, taxe superficiaire et autres prélèvements prévus par la loi 19‑13.

Revenus de Sonatrach

Chiffre d’affaires, résultat, dividendes ou flux commerciaux de l’entreprise nationale ne sont pas synonymes de fiscalité pétrolière budgétaire.

Valeur des exportations

La valeur exportée est un flux commercial brut. Elle ne correspond ni à la recette fiscale nette de l’État ni au bénéfice de l’opérateur.

Règle AB : toujours distinguer recettes budgétaires, prélèvements fiscaux, revenus d’entreprise et valeur des exportations. Le périmètre, l’année et la source doivent être indiqués avec chaque chiffre.
Cadre juridique actuel

Le régime fiscal de la loi n° 19‑13

La loi n° 19‑13 du 11 décembre 2019 régit les activités d’hydrocarbures. ALNAFT publie le régime fiscal applicable aux activités amont et distingue prélèvements réguliers, prélèvements occasionnels et exonérations.

PrélèvementAssiette / logiqueRepère actuel
Taxe superficiaireSurface du périmètre de recherche, de rétention ou d’exploitation.Tarifs en DA/km² indexés annuellement par ALNAFT.
Redevance hydrocarburesQuantités d’hydrocarbures extraites du périmètre d’exploitation.Taux standard : 10 %, avec possibilités de taux réduits prévues par la réglementation.
IRHValeur de la production soumise à redevance, diminuée des déductions autorisées.Barème progressif lié au coefficient R ; ALNAFT présente des taux allant de 10 % à 50 %.
Impôt sur le résultatRésultat d’exploitation des activités amont concernées.Taux de référence présenté par ALNAFT : 30 %.
Rémunération du co-contractant étrangerRémunération brute dans certains contrats de partage de production ou services à risque.Imposition spécifique selon les modalités de la loi et du contrat.

Prélèvements occasionnels

ALNAFT recense notamment taxe de torchage, redevance hydraulique, droit de transfert et redevance forfaitaire sur production anticipée.

Exonérations amont

Le régime prévoit, sous conditions, des exonérations portant notamment sur certains équipements, matériels, produits et services liés aux activités amont.

Amont ≠ aval

Cette fiche porte d’abord sur le régime spécifique de l’amont. Le traitement fiscal de l’aval et des activités commerciales ne doit pas être déduit automatiquement de ce barème.

Finances publiques

Les recettes hydrocarbures ont fortement reculé entre 2023 et 2024

La Banque d’Algérie indique que les recettes budgétaires des hydrocarbures sont passées de 5 576,98 Mds DA en 2023 à 3 840,80 Mds DA en 2024, soit une baisse de 31,13 %.

2023 — réalisé
5 576,98 Mds DA
2024 — réalisé
3 840,80 Mds DA
2025 — LF
3 454,0 Mds DA
2026 — PLF
2 697,9 Mds DA

Attention : 2023 et 2024 sont des réalisations publiées par la Banque d’Algérie ; 2025 et 2026 sont des références budgétaires / prévisions de la DGPP. La comparaison est informative mais ne constitue pas une série homogène de réalisations.

Poids dans les recettes

En 2024, les recettes des hydrocarbures représentaient 46,26 % des recettes budgétaires totales, contre 51,95 % en 2023.

Effet prix

La Banque d’Algérie relie le recul de 2024 principalement à la baisse des cours mondiaux du pétrole et du gaz naturel par rapport à 2023.

Lecture correcte

Une baisse de la part des hydrocarbures dans les recettes n’implique pas automatiquement une diversification fiscale : elle peut simplement refléter une contraction des recettes pétrolières et gazières.

Cadrage 2026

Pourquoi les prévisions restent sensibles

Le PLF 2026 retient un prix fiscal de 60 $/baril, un prix de marché de 70 $/baril et une baisse prévue de 2 % des volumes d’exportation d’hydrocarbures en 2026.

Prix internationaux

Les prix du pétrole et du gaz influencent directement la valeur de la production et, par conséquent, plusieurs assiettes fiscales et recettes budgétaires.

Volumes produits et exportés

Une hausse du prix ne compense pas toujours une baisse des volumes. La prévision 2026 doit donc être lue avec les hypothèses d’exportation.

Taux de change

Une partie des flux du secteur est libellée en devises alors que les recettes budgétaires sont comptabilisées en dinars, ce qui rend le taux de change pertinent pour la lecture des montants en DA.

Investissement amont

Le niveau d’exploration, de développement et de renouvellement des réserves conditionne les volumes futurs et la base fiscale à moyen terme.

Architecture contractuelle

Le régime 19‑13 prévoit plusieurs formes de contrats et des modalités fiscales spécifiques. L’attractivité dépend du partage du risque et de la rente sur la durée du projet.

Cycle budgétaire

Prévision, encaissement effectif et clôture peuvent diverger. Les écarts doivent être suivis annuellement plutôt que de comparer uniquement les lois de finances initiales.

Analyse Algeria Business

Ce qu’il faut regarder au-delà du taux d’imposition

La performance d’un régime fiscal des hydrocarbures ne se résume pas à maximiser le prélèvement instantané. Elle dépend de la capacité à capter la rente tout en maintenant l’investissement et la production futures.

1. Rendement budgétaire

Mesurer les recettes effectivement encaissées, leur part dans le budget et l’écart entre prévision et réalisation.

2. Progressivité

Vérifier si la part captée par l’État augmente lorsque la rentabilité du projet s’améliore, tout en laissant un rendement compatible avec le risque investi.

3. Attractivité

Comparer les conditions algériennes aux autres bassins producteurs, sans réduire l’analyse au seul taux nominal d’un impôt.

4. Stabilité

Un cadre lisible, durable et prévisible réduit le risque réglementaire et facilite les décisions d’investissement de long terme.

5. Diversification budgétaire

Les dépenses permanentes sont plus robustes lorsqu’elles reposent davantage sur des recettes ordinaires stables que sur une ressource cyclique.

Conclusion AB

Le bon indicateur n’est pas seulement « combien rapporte la fiscalité pétrolière ? », mais aussi « quelle part est durable, à quel prix du baril, pour quels volumes et avec quel niveau d’investissement futur ? »

À suivre

Tableau de vigilance

Recettes encaissées

Suivre la fiscalité hydrocarbures réalisée, pas uniquement la prévision de loi de finances.

Prix fiscal / prix de marché

Mesurer l’écart entre hypothèses budgétaires et prix effectivement observés.

Exportations

Suivre séparément prix, volumes, pétrole brut, gaz et produits dérivés.

Investissements amont

Observer appels d’offres, contrats, forages, découvertes et mise en production.

Recettes hors hydrocarbures

Mesurer leur progression en niveau absolu et non seulement leur hausse en part relative.

Cadre réglementaire

Suivre les textes d’application de la loi 19‑13 et les éventuelles évolutions fiscales sectorielles.