Structure de la dépense publique en Algérie
Le budget de l’État ne se résume pas aux dépenses de fonctionnement et d’investissement. Depuis la nouvelle nomenclature budgétaire, les crédits sont présentés par nature : personnel, fonctionnement des services, investissement, transferts, dette, opérations financières et dépenses imprévues. Cette fiche permet de distinguer crédits votés, crédits notifiés et dépenses effectivement exécutées.
Les transferts restent le premier titre de dépense
Le rapport de présentation du PLF 2026 chiffre les dépenses budgétaires à 17 636,7 Mds DA, contre 16 794,6 Mds DA en 2025. La progression globale est de 5 %.
Parts calculées sur le total budgétaire 2026 de 17 636,662 Mds DA. Les intitulés suivent la nomenclature économique utilisée dans le rapport DGPP.
L’investissement porte l’essentiel de la hausse
Entre les budgets 2025 et 2026, les évolutions sont très contrastées selon les titres.
| Titre | Budget 2025 | Budget 2026 | Évolution | Lecture |
|---|---|---|---|---|
| Personnel | 4 445,0 Mds DA | 4 465,9 Mds DA | +0,5 % | Quasi-stabilité du Titre 1. |
| Fonctionnement | 433,1 Mds DA | 446,1 Mds DA | +3,0 % | Progression modérée des services. |
| Investissement | 3 194,2 Mds DA | 4 073,8 Mds DA | +27,5 % | Principal moteur de hausse du budget. |
| Transferts | 6 005,5 Mds DA | 5 959,8 Mds DA | -0,8 % | Légère baisse globale du Titre 4. |
| Dette | 539,8 Mds DA | 566,4 Mds DA | +4,9 % | Hausse des charges budgétaires de dette. |
| Opérations financières | 127,8 Mds DA | 5,8 Mds DA | -95,5 % | Forte contraction de ce titre. |
| Dépenses imprévues | 2 049,2 Mds DA | 2 118,9 Mds DA | +3,4 % | Provision budgétaire en légère hausse. |
Budget voté et dépense exécutée ne sont pas la même chose
En 2024, le budget notifié a atteint 17 821,7 Mds DA, tandis que 12 709,2 Mds DA ont été consommés, soit un taux global de 71,3 %. Les écarts par nature sont importants.
| Titre | Budget notifié 2024 | Consommé | Taux d’exécution | Lecture |
|---|---|---|---|---|
| Personnel | 4 096,4 Mds DA | 3 524,5 Mds DA | 86,0 % | Exécution élevée. |
| Fonctionnement | 462,1 Mds DA | 372,4 Mds DA | 80,6 % | Exécution relativement élevée. |
| Investissement | 6 969,6 Mds DA | 2 998,3 Mds DA | 43,0 % | Écart important entre crédits notifiés et exécution. |
| Transferts | 5 812,6 Mds DA | 5 405,3 Mds DA | 93,0 % | Taux d’exécution le plus élevé des grands titres. |
| Dette | 478,0 Mds DA | 405,7 Mds DA | 84,9 % | Charge largement exécutée. |
| Opérations financières | 3,0 Mds DA | 3,0 Mds DA | 100 % | Faible montant mais exécution complète. |
Deux blocs à lire avec prudence
Le Titre 1 n’épuise pas la question salariale, et le Titre 4 ne correspond pas uniquement aux aides sociales versées aux ménages.
Masse salariale consolidée : 5 926 Mds DA
La DGPP indique pour 2026 une masse salariale totale de 5 926 Mds DA, soit 33,6 % du budget de l’État. Ce montant inclut 1 241,57 Mds DA de masse salariale des établissements publics administratifs.
Il est donc supérieur au seul Titre 1 « Personnel » de 4 465,9 Mds DA.
Transferts : 5 959,8 Mds DA
Le Titre 4 regroupe notamment 2 812 Mds DA de subventions aux établissements publics et organismes sous tutelle, 2 284 Mds DA de transferts aux personnes et environ 657 Mds DA de subventions aux produits de large consommation.
Il ne doit donc pas être assimilé au seul « budget social ».
4 073,8 Mds DA prévus en 2026
Les dépenses d’investissement augmentent de 27,5 % par rapport au budget 2025. Elles se répartissent entre programmes nouveaux et programmes en cours.
Programmes nouveaux
1 714,3 Mds DA en 2026, soit +16 % par rapport à 2025.
Programmes en cours
2 359,5 Mds DA en 2026, soit +37,4 % par rapport à 2025.
Enjeu d’exécution
Le taux d’exécution de l’investissement n’était que de 43 % des crédits notifiés en 2024. La hausse des crédits ne garantit donc pas à elle seule une hausse équivalente de l’investissement effectivement réalisé.
Les cinq indicateurs utiles pour juger la qualité de la dépense
Le montant total du budget ne permet pas, à lui seul, de conclure sur l’efficacité ou l’impact économique de la dépense publique.
1. Composition
Quelle part finance personnel, transferts, services, dette et investissement ? La structure conditionne la capacité d’ajustement du budget.
2. Taux d’exécution
Un crédit voté ne produit d’effet économique que s’il est effectivement engagé, exécuté et payé dans les délais.
3. Nature de l’investissement
Il faut distinguer création de nouveaux actifs, achèvement de programmes en cours et entretien du patrimoine public.
4. Efficacité des transferts
La qualité de la dépense dépend de la couverture des bénéficiaires, du ciblage, de la transparence et des effets redistributifs.
5. Soutenabilité
Les dépenses permanentes sont plus robustes lorsqu’elles sont financées par des recettes durables plutôt que par des ressources cycliques ou exceptionnelles.
Conclusion AB
Pour 2026, le signal budgétaire le plus visible est la forte hausse des crédits d’investissement. La question décisive sera leur exécution effective et leur capacité à produire des actifs, des services et des gains de productivité.
Tableau de vigilance budgétaire
Exécution trimestrielle
Suivre les crédits consommés par titre et ministère, pas seulement les montants votés.
Investissement
Comparer autorisations d’engagement, crédits de paiement et réalisation physique des projets.
Masse salariale
Distinguer administration centrale, EPA et autres organismes publics.
Transferts
Suivre séparément établissements publics, personnes et subventions de prix.
Charges de dette
Observer leur progression et leur poids dans les ressources budgétaires.
Dépenses imprévues
Suivre les redéploiements et l’utilisation effective de cette provision au cours de l’exercice.