GPL : Sonatrach relève ses prix de 20 à 23 %, quel effet sur la valeur des exportations algériennes ?

Sonatrach a relevé pour octobre ses prix officiels de vente du GPL de 20 % à 23 % : le propane atteint 670 dollars la tonne et le butane 750 dollars. Au-delà du mouvement mensuel, cette hausse rappelle le poids du GPL dans la valorisation des hydrocarbures algériens et le rôle des références Sonatrach sur les marchés méditerranéen et de la mer Noire.

Installations industrielles de stockage illustrant la chaîne du GPL
Installations de stockage d’hydrocarbures. Photo : JGC Indonesia / Unsplash.

Chiffres à retenir

  • 670 $/t : prix officiel du propane Sonatrach pour octobre 2026, contre 560 $/t en septembre.
  • 750 $/t : prix officiel du butane, contre 610 $/t.
  • +20 % à +23 % : hausse mensuelle des références algériennes.
  • 10,4 Mt/an : capacité nominale cumulée des complexes de séparation GP1Z et GP2Z à Arzew.
  • 8 % : part du GPL dans les exportations énergétiques algériennes en 2022, selon la carte énergétique Sonatrach/INCT.

Une hausse plus forte que celle de la référence saoudienne

Selon les données de marché rapportées le 1er octobre par Reuters, Sonatrach a augmenté son prix officiel de vente du propane de 110 dollars par tonne, à 670 dollars, et celui du butane de 140 dollars, à 750 dollars. Les hausses atteignent ainsi environ 20 % et 23 % en un mois. Dans le même temps, Saudi Aramco a relevé ses références de 55 dollars pour le propane, à 680 dollars, et de 70 dollars pour le butane, à 730 dollars.

La comparaison est instructive : en octobre, le propane algérien reste légèrement inférieur à la référence saoudienne, tandis que le butane algérien la dépasse de 20 dollars par tonne. Les deux systèmes de prix ne couvrent toutefois pas les mêmes marchés : les références de Sonatrach sont suivies en Méditerranée et en mer Noire, notamment en Turquie, tandis que celles d’Aramco structurent davantage les contrats du Moyen-Orient vers l’Asie-Pacifique.

2026 confirme une forte volatilité du GPL

Le mouvement d’octobre doit être lu dans une séquence de prix très volatile. Après des niveaux élevés au printemps, les références ont reculé au début de l’été sous l’effet d’une offre mondiale plus abondante, avant de repartir à la hausse. La remontée d’octobre intervient dans un contexte de prix pétroliers plus élevés et de demande internationale soutenue.

Pour l’Algérie, cette volatilité compte davantage que le seul pourcentage mensuel. Une hausse du prix officiel améliore potentiellement la valeur unitaire des cargaisons commercialisées, mais elle ne permet pas, à elle seule, de calculer une hausse des recettes d’exportation : celles-ci dépendent des volumes effectivement exportés, du mix propane-butane, des clauses contractuelles, des différentiels commerciaux et des coûts logistiques.

Arzew : un outil industriel de 10,4 millions de tonnes par an

L’enjeu repose sur une infrastructure industrielle déjà importante. Sonatrach indique que le complexe GP1Z, à Mers El Hadjadj, dispose d’une capacité de 9 millions de tonnes de GPL par an, de neuf trains de production, de capacités de stockage réfrigéré de propane et de butane et de deux quais de chargement maritime. Le complexe GP2Z, à Arzew, ajoute 1,4 million de tonnes par an.

La capacité nominale cumulée atteint donc 10,4 millions de tonnes par an. Elle ne doit pas être confondue avec la production ou les exportations effectives d’une année donnée. Mais elle montre que l’Algérie possède une chaîne industrielle capable de transformer, stocker et expédier des volumes significatifs. La carte énergétique 2024 publiée par Sonatrach et l’INCT estime par ailleurs que le GPL représentait 8 % des exportations énergétiques algériennes en 2022.

Le GPL, un levier de diversification à l’intérieur même des hydrocarbures

Le GPL reste un hydrocarbure, mais sa logique commerciale diffère partiellement de celle du gaz naturel par gazoduc ou du GNL. Propane et butane alimentent le chauffage, les carburants et plusieurs usages pétrochimiques. La capacité de séparation permet donc de valoriser différentes fractions issues du système gazier et d’adresser plusieurs marchés.

Cette flexibilité est particulièrement importante lorsque les écarts régionaux de prix s’élargissent. La modernisation des installations de chargement de GP1Z va dans le même sens : Sonatrach indiquait récemment avoir mis en service quatre nouveaux bras de chargement de navires au quai M6, avec quatre autres équipements appelés à être remplacés au quai D1.

Analyse Algeria Business

Le fait : Sonatrach a relevé ses références GPL d’octobre nettement plus fortement qu’Aramco, dans un marché international redevenu haussier. L’Algérie dispose parallèlement d’une capacité industrielle de séparation supérieure à 10 millions de tonnes par an à Arzew.

L’interprétation AB : le signal économique n’est pas seulement « +23 % sur le butane ». L’enjeu est la capacité de Sonatrach à transformer cette remontée des benchmarks en valeur exportée, tout en conservant des volumes et des débouchés diversifiés. Un prix de référence plus élevé peut soutenir les recettes unitaires, mais seule la combinaison prix × volumes × mix produit × conditions contractuelles permet d’en mesurer l’impact réel.

À moyen terme, la question est aussi industrielle : plus la chaîne de séparation, de stockage, de chargement et éventuellement de transformation pétrochimique est performante, plus l’Algérie peut arbitrer entre vente de molécules brutes et valorisation en aval. C’est sur cette chaîne de valeur, davantage que sur une variation mensuelle isolée, que se mesure l’intérêt économique du GPL.

Sources

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