Dessalement en Algérie : les contrats ADE–ADC mettent la distribution et les coûts à l’épreuve
Le 29 octobre 2026, l’Algérienne des Eaux (ADE) et la Société algérienne de dessalement de l’eau (ADC), filiale de Sonatrach, ont signé des contrats d’achat et de vente d’eau. Cette étape, annoncée par l’APS, complète le cadre commercial entre production et distribution. Elle pose une question économique centrale : comment transformer les capacités industrielles de dessalement en volumes effectivement livrés, à un coût soutenable et avec une qualité de service mesurable ?

1. Une signature qui clarifie la relation entre producteur et distributeur
Selon l’annonce de l’APS du 29 octobre, les deux entreprises ont conclu des contrats de vente et d’achat d’eau afin de finaliser leur processus contractuel et de mieux articuler production dessalée et distribution. Le communiqué accessible ne précise ni prix au mètre cube, ni volumes contractuels, ni durée des engagements. Ces paramètres restent donc inconnus : il serait trompeur d’attribuer aux contrats un montant ou une économie budgétaire non publiés.
Le rôle économique des deux acteurs est complémentaire. ADC intervient dans la chaîne de production de l’eau dessalée ; ADE assure des fonctions de distribution et de service aux usagers. Un contrat commercial entre ces maillons peut définir les quantités à livrer, les exigences de qualité, les responsabilités et les modalités de paiement. Cette description est une grille d’analyse des contrats de fourniture, pas une affirmation sur des clauses qui n’ont pas été rendues publiques.
2. Des capacités industrielles importantes, mais distinctes de l’eau réellement livrée
La taille des installations explique l’enjeu. Sonatrach a annoncé le 1er juillet 2025 la pleine capacité de Fouka 2, dans la wilaya de Tipaza, à 300 000 mètres cubes par jour. La même capacité a été annoncée pour Tighremt, à Béjaïa, en décembre 2025. Les deux capacités nominales totalisent 600 000 mètres cubes quotidiens, soit 219 millions de mètres cubes par an si elles fonctionnaient continuellement à pleine charge. Ce dernier chiffre est un calcul théorique d’Algeria Business, et non un volume livré constaté.
La réalité opérationnelle dépend des arrêts techniques, des besoins saisonniers, de l’énergie disponible et surtout des réseaux d’acheminement. Un exemple concret : en mars 2026, l’APS rapportait que près de 80 000 mètres cubes par jour étaient acheminés de Fouka 2 vers Blida. Ce volume ne représente qu’une destination de distribution, pas la production totale de l’usine.
3. Le coût du mètre cube doit devenir un indicateur public
Le dessalement sécurise l’approvisionnement, mais mobilise de l’électricité, des membranes, des produits de traitement, des équipements et de la maintenance. Le coût pertinent n’est donc pas seulement celui de l’usine : il comprend aussi le transport de l’eau, son stockage, les pertes du réseau et les interruptions de service. À défaut de données contractuelles publiques, aucun tarif réel ne peut être calculé pour les accords ADE–ADC.
Un simple scénario illustre la sensibilité financière : une différence hypothétique de 0,10 USD par mètre cube appliquée à un volume de 300 000 mètres cubes par jour représenterait 30 000 USD par jour, soit environ 10,95 millions USD par an à fonctionnement continu. Il ne s’agit ni d’un prix de vente ni d’une estimation de surcoût constaté. Cette simulation montre seulement pourquoi les clauses de tarification, d’indexation énergétique et de performance méritent une transparence accrue.
La consommation d’énergie devient ici stratégique. Algeria Business a déjà analysé la pression de la demande intérieure d’énergie et les enjeux liés aux nouvelles capacités solaires. Le dessalement ajoute une demande électrique qu’il faut intégrer à la planification énergétique, sans présumer qu’une centrale renouvelable alimente directement une station donnée.
4. Réseaux, nouveaux projets et indicateurs de résultat
La priorité ne s’arrête pas aux usines existantes. En octobre 2025, le Conseil des ministres a approuvé trois nouvelles stations à Chlef, Mostaganem et Tlemcen, chacune d’une capacité prévue de 300 000 mètres cubes par jour. Sonatrach a détaillé le projet de Tlemcen en novembre 2025 : osmose inverse, capacité cible de 300 000 mètres cubes par jour et première production partielle annoncée après 22 mois. Il s’agit d’objectifs de projet, non de volumes déjà disponibles.
Le Conseil des ministres du 18 octobre 2026 a précisément insisté sur les raccordements en aval pour ces wilayas. Ce rappel est essentiel : une capacité de production sans conduites, stations de pompage, réservoirs et maintenance du réseau ne garantit pas un service régulier aux ménages ni aux entreprises.
Pour suivre l’efficacité des contrats signés le 29 octobre, Algeria Business recommande de publier périodiquement cinq indicateurs : volumes produits et effectivement achetés, volumes distribués, taux de pertes, coût complet du mètre cube livré et disponibilité des installations. Les entreprises de canalisations, d’automatisation, de pompage et de maintenance peuvent bénéficier des investissements, mais seules des commandes attribuées et exécutées permettront de quantifier ces retombées.
Conclusion : passer de la capacité annoncée à la performance vérifiable
Les contrats ADE–ADC constituent une étape réelle de structuration de la filière de l’eau dessalée. Leur portée économique reste néanmoins impossible à chiffrer sans publication des volumes, des prix et des obligations de service. Le véritable test sera la continuité de l’approvisionnement, la maîtrise des coûts et la réduction des pertes entre l’usine et l’usager. C’est à cette condition que le dessalement pourra devenir non seulement une réponse hydrique, mais une infrastructure de compétitivité durable.
Sources : APS, 29 octobre 2026 ; Sonatrach, Fouka 2 ; Sonatrach, Tighremt ; Sonatrach, Tlemcen ; APS, Conseil des ministres du 18 octobre.
Analyse Algeria Business, 30 octobre 2026. Conversion indicative de référence : 1 USD = 135,1187 DZD, taux officiel quotidien Banque d’Algérie du 28 octobre 2026, dernier taux directement vérifié lors de la rédaction. Aucune somme en DZD n’est utilisée dans cet article.