Centrale solaire d’El Oued : 300 MW inaugurés, le vrai enjeu est l’électricité produite et le gaz économisé
Le 26 octobre 2026, l’Algérie a inauguré à El Foulia, dans la commune de Guemar (wilaya d’El Oued), une centrale solaire photovoltaïque de 300 mégawatts-crête (MWc). Présentée comme la plus puissante du pays, elle constitue une étape concrète du programme national de développement des énergies renouvelables. Mais sa valeur économique ne se mesure pas seulement en mégawatts installés : elle dépend de l’électricité effectivement injectée, du gaz naturel évité et de la capacité à développer une filière industrielle nationale.

1. Une mise en service de 300 MWc, et non une production permanente de 300 MW
Le ministre de l’Énergie et des Énergies renouvelables, Mourad Adjal, a inauguré le site le lundi 26 octobre. Selon l’Algérie Presse Service, la puissance annoncée atteint 300 MW. La centrale, réalisée à El Foulia, est exploitée dans le cadre du développement photovoltaïque piloté par Sonelgaz. La presse économique rapporte une implantation sur environ 600 hectares ; ce chiffre, comme les performances annuelles, devra être rapproché des données techniques définitives de l’exploitant.
Il est essentiel de distinguer puissance installée et énergie produite. Les 300 MWc décrivent une capacité nominale mesurée dans des conditions normalisées d’ensoleillement. La production réelle varie selon les heures, les saisons, la température des modules, l’encrassement, les indisponibilités et les éventuelles limitations du réseau. Une centrale solaire ne fournit donc pas 300 MW en permanence, ni la nuit. Cette distinction conditionne toute évaluation sérieuse de sa contribution au système électrique.
L’inauguration marque un changement de statut : le projet ne relève plus seulement d’une annonce ou d’un chantier. Reste à documenter sa disponibilité opérationnelle, sa courbe d’injection et son coût complet de production. Ces informations n’étaient pas détaillées dans les communiqués publics consultés le 27 octobre.
2. Combien d’électricité peut-elle fournir ? Un scénario, pas une prévision officielle
Calcul Algeria Business. À titre illustratif, en retenant un facteur de charge annuel compris entre 20 % et 24 %, une puissance de 300 MWc représenterait environ 526 à 631 gigawattheures (GWh) par an : 300 MW × 8 760 heures × 20 % à 24 %. Ce résultat est un ordre de grandeur construit sur des hypothèses, et non une estimation publiée par Sonelgaz pour El Foulia. La mesure effective exigera au minimum une année de données d’exploitation.
Cette énergie équivaudrait à environ 0,53 à 0,63 térawattheure par an. Son intérêt principal est de déplacer une partie de la production électrique conventionnelle pendant les heures ensoleillées, lorsque les besoins de climatisation peuvent être élevés dans le Sud. Le bénéfice pour le réseau dépendra cependant de la demande locale, des capacités de transport et des possibilités de pilotage des autres centrales.
La comparaison doit aussi porter sur le coût du kilowattheure livré, pas uniquement sur celui des panneaux. Raccordement, transformation électrique, nettoyage, maintenance, pièces de rechange, financement et éventuels renforcements du réseau sont des composantes économiques déterminantes. Sans coût d’investissement publié et sans données d’exploitation, annoncer une rentabilité précise serait prématuré.
3. Le gaz économisé : un bénéfice possible, mais pas automatique
La majeure partie de l’électricité algérienne demeure produite à partir de combustibles fossiles, principalement du gaz naturel. Chaque kilowattheure photovoltaïque effectivement substitué à une production thermique peut donc réduire les volumes de gaz consommés sur le marché intérieur. Cela peut soutenir les disponibilités pour d’autres usages industriels ou, selon les conditions contractuelles et commerciales, pour l’exportation.
Mais la conversion de gigawattheures solaires en mètres cubes de gaz évités exige plusieurs hypothèses : rendement des centrales thermiques marginales, calendrier de production, pertes du réseau et éventuelles contraintes de dispatching. Il serait incorrect d’assimiler mécaniquement chaque unité d’électricité solaire à une recette d’exportation supplémentaire. Une partie du gain peut simplement absorber la croissance de la demande nationale.
Le bon indicateur économique serait un bilan annuel public indiquant, pour chaque grande centrale, l’énergie injectée, les indisponibilités, les coûts de fonctionnement et une estimation méthodologiquement explicite des combustibles économisés. Cette transparence permettrait de comparer les projets et d’orienter les futurs investissements.
4. De 300 MWc à 15 000 MW : l’exécution et l’intégration locale seront décisives
Le ministère de l’Énergie et des Énergies renouvelables rappelle un objectif national de 15 000 MW photovoltaïques, avec une première tranche de 3 200 MW en cours de réalisation. Les 300 MWc d’El Foulia représentent, à eux seuls, 2 % de l’objectif de long terme ; ils ne signifient pas que les 15 000 MW sont déjà construits. D’autres centrales de 200 MW chacune ont été inaugurées en 2026 à Tendla (El Meghaïer) et El Ghrous (Biskra), ce qui illustre une montée en puissance progressive.
Pour les entreprises algériennes, le chantier et l’exploitation peuvent générer une demande en génie civil, structures métalliques, câbles, postes électriques, contrôle-commande, nettoyage industriel, sécurité, maintenance et formation. La question n’est pas seulement le nombre de panneaux posés : il faut connaître la part des achats locaux, les compétences transférées et les contrats durables attribués aux sous-traitants. Une installation livrée avec une forte dépendance aux composants et services importés n’a pas le même effet d’entraînement qu’une filière intégrée.
Algeria Business a déjà examiné l’écart entre les 3 200 MW engagés et l’objectif de 15 000 MW, ainsi que les différences entre les chiffres officiels de capacité électrique. La mise en service d’El Foulia doit désormais alimenter un suivi fondé sur les installations effectivement opérationnelles, et non sur la seule addition des annonces.
Conclusion — Analyse Algeria Business. La centrale d’El Foulia constitue une avancée industrielle vérifiable : 300 MWc supplémentaires ont été inaugurés le 26 octobre. Son rendement économique dépendra toutefois de trois résultats à mesurer : les GWh réellement produits, le gaz effectivement économisé et la valeur ajoutée captée par les entreprises algériennes. C’est à cette condition que la transition solaire pourra être évaluée comme une politique énergétique et industrielle, et pas uniquement comme une succession de mégawatts annoncés.
Sources et méthode : APS, 26 octobre 2026 ; ministère de l’Énergie et des Énergies renouvelables, programme photovoltaïque ; Sonelgaz Énergies renouvelables, présentation institutionnelle. Les calculs de production sont des scénarios propres à Algeria Business, non des données de production mesurées.