Finances publiques : l’Algérie instaure un suivi mensuel harmonisé des recettes et dépenses de l’État
L’Algérie vient de normaliser le suivi comptable de l’exécution budgétaire : recettes encaissées, dépenses payées, soldes, comptes spéciaux du Trésor et opérations avec la Banque d’Algérie devront être retracés selon des états harmonisés, dont plusieurs à fréquence mensuelle. Une réforme technique en apparence, mais importante pour mesurer plus finement la trajectoire des finances publiques au moment où le financement du budget 2027 revient au premier plan.

Chiffres à retenir
- 28 articles : l’arrêté du ministre des Finances fixe le contenu et la forme des situations comptables et du compte de gestion.
- Fréquence mensuelle et annuelle : plusieurs états de synthèse devront suivre paiements, recouvrements et soldes.
- 31 décembre : les soldes de fin d’exercice doivent notamment être rapprochés avec les comptes du Trésor, les comptes postaux et les opérations auprès de la Banque d’Algérie.
- JO n°67 : le texte a été publié au Journal officiel après l’arrêté du 16 mai 2026.
Un même langage comptable pour suivre l’exécution du budget
Le ministère des Finances a précisé les modèles que les comptables publics doivent utiliser pour établir leurs situations comptables et leurs comptes de gestion. Le dispositif couvre les recettes budgétaires encaissées, les dépenses effectivement payées, le solde budgétaire, les comptes spéciaux du Trésor ainsi que plusieurs opérations de trésorerie.
L’enjeu est de distinguer plus clairement ce qui a été prévu dans une loi de finances de ce qui est effectivement encaissé ou décaissé. Un budget voté constitue une autorisation et une prévision ; son exécution réelle dépend du rythme des recettes, des paiements et des opérations de trésorerie. La normalisation des états comptables doit rendre ces différentes étapes plus comparables entre postes comptables.
Le suivi mensuel peut réduire l’angle mort entre budget voté et budget exécuté
Le texte prévoit notamment des situations synthétiques mensuelles et annuelles relatives aux ordres de paiement et mandats admis, aux dépenses payées sans ordonnancement préalable et aux recettes non fiscales encaissées. Les montants restant à recouvrer doivent également être retracés.
Cette fréquence est importante. L’analyse des finances publiques algériennes repose souvent sur les agrégats de la loi de finances, puis sur des données d’exécution publiées avec un décalage. Un suivi comptable mensuel harmonisé peut techniquement permettre une lecture plus rapprochée de la consommation des crédits et du rendement réel des recettes.
Il faut cependant distinguer production de l’information et publication de l’information. L’arrêté organise les états que l’administration doit produire ; il ne signifie pas, à lui seul, que l’ensemble de ces situations sera rendu public chaque mois. C’est un point déterminant pour apprécier la portée de la réforme en matière de transparence économique.
Trésor et Banque d’Algérie : une meilleure traçabilité des flux
Le compte de gestion doit intégrer les opérations relatives au compte courant du Trésor ouvert auprès de la Banque d’Algérie. Les situations de fin d’exercice couvrent également les comptes de dépôt auprès du Trésor, les comptes spéciaux, les comptes des wilayas et des établissements publics administratifs rattachés au Trésor, ainsi que les comptes courants postaux.
Le dispositif prévoit aussi des états relatifs à la caisse et au portefeuille du poste comptable : espèces, chèques, titres et autres valeurs doivent être inventoriés. Pour le caissier central du Trésor, le solde initial, les versements, les retraits et le solde restant doivent être retracés.
Cette granularité est particulièrement utile dans un contexte où la question du financement du déficit public occupe une place croissante. Elle permet de mieux documenter les mouvements de trésorerie, même si elle ne remplace pas les statistiques monétaires de la Banque d’Algérie ni les comptes nationaux.
Un enjeu direct pour l’analyse du PLF 2027
Algeria Business a récemment analysé le défi posé par la combinaison d’une hausse annoncée des salaires, de l’absence annoncée de nouveaux impôts et d’un besoin de financement public important. Dans ce contexte, la qualité des données d’exécution devient aussi importante que les montants inscrits au budget.
Deux budgets présentant le même déficit prévisionnel peuvent produire des trajectoires très différentes selon le taux réel de recouvrement des recettes, le rythme de consommation des crédits, les dépenses non exécutées et les besoins de trésorerie en cours d’année. Des états mensuels standardisés peuvent donc améliorer le pilotage interne et, s’ils sont publiés sous une forme agrégée, la capacité des entreprises, économistes et investisseurs à suivre la politique budgétaire.
Analyse Algeria Business
Les faits : le ministère des Finances a fixé de nouveaux modèles harmonisés de situations comptables et de comptes de gestion. Ils couvrent notamment recettes, dépenses, soldes budgétaires, comptes spéciaux du Trésor, comptes postaux et opérations du compte courant du Trésor auprès de la Banque d’Algérie. Plusieurs états doivent être établis mensuellement et annuellement.
L’interprétation AB : la réforme crée l’infrastructure comptable nécessaire à un suivi plus fréquent de l’exécution budgétaire, mais son bénéfice économique dépendra de l’exploitation qui en sera faite. Pour le pilotage de l’État, la standardisation peut accélérer les rapprochements et identifier plus tôt les écarts entre prévisions et réalisations. Pour le marché et les entreprises, le gain de transparence ne sera complet que si une partie pertinente des agrégats consolidés est publiée régulièrement dans un format exploitable.
L’étape suivante pourrait donc être moins comptable que statistique : transformer ces situations normalisées en un tableau de bord périodique de l’exécution des finances publiques, distinguant budget voté, recettes réalisées, dépenses exécutées, solde et financement. Ce serait particulièrement utile pour suivre l’exercice 2027 au-delà des seuls montants annoncés dans la loi de finances.
Sources
- Direction générale du Budget – Ministère des Finances : suivi mensuel des fonds, recettes et dépenses de l’État
- Arrêté du ministre des Finances du 16 mai 2026, publié au Journal officiel n°67, fixant le contenu et la forme des situations comptables et du compte de gestion.
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