Situation monétaire 2024
Situation monétaire
La situation monétaire d’un pays englobe divers aspects de son économie liés à sa monnaie, sa balance des paiements, ses taux de change, ses réserves de devises et son système bancaire. Surveiller cette situation est essentiel, car elle peut influencer les décisions d’investissement, les échanges commerciaux et les transactions internationales.
En Algérie, la situation monétaire revêt une importance particulière. Le pays dépend fortement des exportations de pétrole et de gaz pour ses revenus. Ces dernières années, l’Algérie a fait face à une baisse des prix de l’énergie et à une inflation élevée. Il est donc crucial de suivre de près l’évolution de ces indicateurs monétaires pour comprendre l’état de l’économie algérienne.
La politique monétaire en Algérie est gérée par la Banque d’Algérie. Celle-ci doit équilibrer les objectifs de stabilité des prix, de croissance économique et de stabilité financière. Elle doit également tenir compte du contexte international, des taux de change et des pressions inflationnistes. La situation monétaire en Algérie est un enjeu majeur pour l’économie du pays, et les autorités doivent prendre des mesures appropriées pour maintenir la stabilité et favoriser la croissance économique.
Situation monétaire en Algérie en 2024
En 2024, l’économie algérienne a été confrontée à un contexte international toujours incertain. Le ralentissement de la croissance mondiale, les tensions géopolitiques et la baisse des prix du pétrole et du gaz ont pesé sur les finances publiques et les recettes en devises. Malgré ces difficultés, l’inflation a progressivement ralenti en fin d’année, offrant un environnement économique plus stable.
Pour préserver cette stabilité, la Banque d’Algérie poursuit sa mission de maîtrise de l’inflation en ajustant sa politique monétaire grâce à différents instruments prévus par la loi monétaire et bancaire.
Depuis l’entrée en vigueur de la nouvelle loi bancaire en 2023, la Banque d’Algérie a engagé une profonde modernisation de ses méthodes de travail. L’objectif est d’aligner progressivement ses outils sur les meilleures pratiques internationales tout en tenant compte des spécificités de l’économie algérienne.
L’un des projets les plus structurants est la mise en place d’un système de prévision économique (FPAS), permettant de produire des analyses et des projections macroéconomiques plus rapides et plus fiables. Ce dispositif s’appuie sur une équipe d’experts spécialisés, un calendrier régulier de prévisions et une stratégie de communication renforcée.
À terme, cette modernisation devrait améliorer la qualité des décisions de politique monétaire, renforcer la lutte contre l’inflation et offrir davantage de visibilité aux entreprises, aux investisseurs et à l’ensemble des acteurs économiques.
Chiffres clefs
Balance des paiements
La balance des paiements est un document comptable qui résume les transactions économiques d’un pays avec le reste du monde sur une période donnée. Elle est essentielle car elle reflète la santé économique d’une nation, indiquant sa capacité à financer ses importations de biens et services et sa position dans l’économie mondiale.
En Algérie, la balance des paiements est un indicateur clé de la stabilité économique. Elle permet de surveiller et d’analyser les flux financiers internationaux et d’évaluer l’efficacité des politiques économiques. Un solde positif, ou excédent, signifie que le pays a vendu plus à l’étranger qu’il n’a acheté, ce qui peut conduire à une accumulation de réserves de change.
La balance des paiements se compose principalement de deux comptes :
Le compte courant, qui inclut le commerce de biens et services, les revenus des investissements et les transferts unilatéraux.
Le compte financier, qui enregistre les investissements directs et de portefeuille, ainsi que d’autres investissements financiers.
La surveillance attentive de la balance des paiements est cruciale pour guider la politique économique en Algérie. Elle permet aux autorités de prendre des mesures appropriées pour maintenir la stabilité économique et financière du pays. Par exemple, si l’Algérie connaît un déficit commercial, des ajustements peuvent être nécessaires pour équilibrer les flux monétaires et prévenir d’éventuelles crises
En 2024, la balance des paiements de l’Algérie est revenue à un quasi-équilibre, avec un solde global de -0,5 milliard de dollars, après deux années d’excédents importants (+18,5 milliards de dollars en 2022 et +6,3 milliards en 2023).
Cette évolution s’explique principalement par le recul des exportations, sous l’effet du ralentissement de la demande mondiale, de la baisse des prix de l’énergie et des incertitudes pesant sur le commerce international. Les exportations hors hydrocarbures ont également diminué, en raison d’une baisse des volumes vendus et des prix.
Du côté des importations, la baisse des prix à l’international a permis de limiter la facture. Toutefois, l’augmentation des volumes importés a plus que compensé cet effet, entraînant une progression des importations.
La balance commerciale est restée excédentaire, mais son surplus est tombé à 3,73 milliards de dollars, contre 12,71 milliards de dollars en 2023. En conséquence, le compte courant est redevenu déficitaire.
Enfin, les réserves de change, qui avaient progressé au premier semestre, se sont stabilisées durant la seconde moitié de l’année. À fin 2024, elles demeurent pratiquement inchangées et couvrent environ 15 mois d’importations de biens et services, un niveau qui reste confortable pour l’économie algérienne.
Compte des transactions courantes et de capital
Après avoir affiché un excédent de 6 milliards de dollars en 2023, le compte des transactions courantes et du capital est redevenu déficitaire en 2024, avec un solde de -2,9 milliards de dollars. Cette évolution traduit un affaiblissement de la position extérieure de l’Algérie, principalement en raison du recul des recettes d’exportation.
La principale explication réside dans la forte contraction de l’excédent de la balance commerciale, qui est passé de 12,7 milliards de dollars en 2023 à seulement 3,7 milliards de dollars en 2024. Les exportations de biens ont reculé de 11,7 %, à 49,1 milliards de dollars, tandis que les importations ont progressé de 5,8 %, atteignant 45,3 milliards de dollars.
Le secteur des hydrocarbures reste au cœur de cette évolution. Les exportations énergétiques ont diminué de plus de 5,2 milliards de dollars, sous l’effet combiné de la baisse des cours internationaux du pétrole et du gaz et d’un recul de 5 % des volumes exportés. À l’exception des produits raffinés, l’ensemble des principales exportations d’hydrocarbures est en baisse.
Les exportations hors hydrocarbures ont également marqué le pas, tombant à 3,84 milliards de dollars, soit une baisse de 24,1 % sur un an. Ce recul s’explique principalement par la diminution des ventes de produits semi-finis, notamment les matériaux de construction, ainsi que par le repli des exportations de produits alimentaires.
Le commerce des services a connu une hausse des deux côtés. Les exportations de services ont progressé de 9,2 %, atteignant 4,2 milliards de dollars, grâce notamment aux prestations techniques liées aux hydrocarbures et aux activités de construction réalisées par les entreprises algériennes à l’international.
Dans le même temps, les importations de services ont augmenté plus rapidement, pour atteindre 9,2 milliards de dollars. Cette hausse est principalement liée à l’augmentation des coûts de transport maritime, des prestations techniques importées et des services de construction, dans un contexte de reprise de l’investissement.
À l’inverse, le déficit des revenus primaires s’est réduit, passant de 3,74 milliards à 3,07 milliards de dollars. Cette amélioration provient essentiellement de la hausse des revenus générés par les placements des réserves de change, favorisée par des taux d’intérêt plus élevés sur les marchés internationaux. Les revenus versés aux partenaires étrangers du secteur des hydrocarbures ont également légèrement diminué.
Les transferts courants (revenus secondaires) demeurent excédentaires, même si leur solde recule à 1,41 milliard de dollars, contre 1,88 milliard un an auparavant.
- Ce qu’il faut retenir
L’année 2024 confirme que l’équilibre extérieur de l’Algérie reste fortement tributaire des performances du secteur énergétique. Malgré une progression des exportations de services et une amélioration des revenus des réserves de change, la baisse des recettes issues des hydrocarbures et le ralentissement des exportations hors hydrocarbures ont suffi à faire basculer le compte courant dans le rouge. Cette évolution souligne l’importance de poursuivre les efforts de diversification des exportations afin de réduire la dépendance de l’économie nationale aux fluctuations des marchés énergétiques.
Evolution des principaux soldes de la balance des paiements
Compte Financier
En 2024, le compte des opérations financières a enregistré une nette amélioration, avec un excédent de 2,4 milliards de dollars, contre seulement 437 millions de dollars en 2023. Cette progression a permis de compenser en partie le déficit du compte courant.
Cette amélioration repose principalement sur deux facteurs : la hausse des crédits commerciaux et la progression des investissements directs étrangers (IDE).
Les investissements directs nets ont atteint 1,18 milliard de dollars, en hausse de 12,5 % par rapport à 2023. Les flux d’IDE entrants sont restés relativement solides, à 1,52 milliard de dollars, malgré une légère augmentation des désinvestissements. Les capitaux étrangers se sont concentrés principalement dans les industries extractives, loin devant l’industrie manufacturière et les secteurs de l’électricité et de l’eau, confirmant l’attractivité persistante du secteur énergétique.
Les investissements algériens à l’étranger sont, quant à eux, restés très limités, traduisant une stabilité des flux sortants.
Autre évolution notable : la forte progression des crédits commerciaux, dont le solde est passé de 299 millions à 1,71 milliard de dollars. Cette hausse reflète principalement l’allongement des délais de paiement accordés dans les échanges commerciaux internationaux, notamment par les entreprises nationales du secteur des hydrocarbures à leurs clients étrangers.
- Ce qu’il faut retenir
Malgré le retour du déficit du compte courant en 2024, la solidité du compte financier constitue un facteur de résilience pour l’économie algérienne. Les investissements directs étrangers demeurent concentrés dans les hydrocarbures, tandis que les crédits commerciaux ont fortement contribué à l’amélioration des flux financiers extérieurs. Cette configuration confirme toutefois que les entrées de capitaux restent encore insuffisamment diversifiées et demeurent largement dépendantes du secteur énergétique.
Position extérieur globale
Les réserves de change demeurent l’un des principaux atouts de l’économie algérienne. Elles constituent un véritable amortisseur financier face aux chocs extérieurs, notamment aux fluctuations des prix des hydrocarbures et aux déséquilibres de la balance des paiements. À titre de comparaison, les standards internationaux considèrent qu’un niveau compris entre 3 et 10 mois d’importations est généralement suffisant pour assurer la stabilité extérieure d’un pays.
Après avoir fortement diminué entre 2014 et 2021, passant de 194 milliards à 45,3 milliards de dollars à la suite du contre-choc pétrolier, les réserves ont retrouvé une trajectoire plus favorable grâce aux importants excédents enregistrés en 2022 et 2023.
À fin 2024, les réserves officielles de change s’établissent à 68,3 milliards de dollars, contre 69,8 milliards un an auparavant. Cette légère baisse s’explique principalement par le quasi-équilibre de la balance des paiements en 2024 ainsi que par les effets de change liés à l’appréciation du dollar face à l’euro.
Malgré ce recul, le niveau des réserves reste particulièrement confortable puisqu’il couvre 15 mois d’importations de biens et services, soit un niveau largement supérieur aux seuils généralement retenus par les institutions financières internationales.
L’autre point fort des comptes extérieurs algériens réside dans le très faible niveau de la dette extérieure. À fin 2024, son encours est tombé à 2,87 milliards de dollars, en baisse de près de 10 % sur un an.
Cette dette ne représente que 1,08 % du PIB, un ratio exceptionnellement faible à l’échelle internationale, qui limite fortement l’exposition de l’Algérie aux risques liés à l’endettement extérieur et aux fluctuations des marchés financiers.
La diminution de l’encours s’explique principalement par les remboursements effectués durant l’année, les effets favorables des variations de change ainsi que par la conversion d’une partie des avances en trésorerie en apports en capital.
La dette extérieure algérienne demeure essentiellement composée d’engagements à moyen et long terme, principalement contractés auprès d’institutions multilatérales. Les crédits de la Banque africaine de développement (BAD) représentent la plus grande partie de cet encours.
Par ailleurs, une part significative des engagements correspond à des avances financières consenties par les maisons mères étrangères à leurs filiales implantées en Algérie, et non à des emprunts souverains classiques.
Enfin, la structure financière de cette dette reste particulièrement sécurisée : elle est majoritairement libellée en euros et presque intégralement contractée à taux fixe, avec un coût moyen d’environ 1,6 %, ce qui limite les risques liés aux fluctuations des taux d’intérêt.
- Ce qu’il faut retenir
Malgré un léger recul en 2024, les réserves de change restent à un niveau élevé et continuent d’offrir une importante marge de sécurité à l’économie nationale. Combinée à une dette extérieure extrêmement faible et peu coûteuse, cette situation confère à l’Algérie une solvabilité extérieure solide et une capacité de résistance appréciable face aux chocs économiques internationaux. En revanche, la pérennité de cet équilibre dépendra de la capacité du pays à renforcer durablement ses exportations hors hydrocarbures et à diversifier ses sources de devises.
Evolution des réserves de change 2000 -2023
Taux de change
L’année 2024 a confirmé la forte volatilité des marchés des changes. Les évolutions des devises ont été largement influencées par les politiques monétaires des grandes banques centrales, les tensions géopolitiques, les incertitudes économiques et les mutations du système monétaire international, marquées notamment par la progression des initiatives de dédollarisation et le développement des monnaies numériques de banques centrales.
En moyenne sur l’année, le dollar américain s’est légèrement affaibli face aux principales monnaies européennes. L’euro, soutenu par une politique monétaire plus restrictive de la Banque centrale européenne et par une conjoncture relativement stable dans la zone euro, a poursuivi son renforcement. À l’inverse, le billet vert s’est apprécié face aux principales devises asiatiques, notamment le yuan chinois et surtout le yen japonais, pénalisé par la politique monétaire très accommodante du Japon.
Toutefois, les évolutions observées à la fin de l’année montrent un retournement de tendance. Entre décembre 2023 et décembre 2024, le dollar s’est renforcé face à l’ensemble des grandes devises internationales, enregistrant notamment une progression de 6,36 % face à l’euro et de plus de 10 % face au yen.
Dans ce contexte international, le dinar algérien a poursuivi son mouvement d’appréciation pour la deuxième année consécutive. En moyenne annuelle, le taux de change effectif nominal (TCEN) s’est apprécié de 5,82 %, tandis que l’appréciation atteint 5,72 % en comparaison de fin d’année.
Cette évolution a constitué un levier important pour limiter l’impact de l’inflation importée, en réduisant le coût en dinars des biens achetés à l’étranger.
Sur le plan bilatéral, le dinar s’est apprécié face aux principales devises utilisées dans les échanges commerciaux de l’Algérie : 1,32 % face au dollar américain, 1,24 % face à l’euro, 8,56 % face au yen japonais et 2,93 % face au yuan chinois. En revanche, il s’est légèrement déprécié face à la livre sterling (-1,44 %) et au franc suisse (-0,72 %).
- Ce qu’il faut retenir
L’appréciation du dinar en 2024 constitue un élément favorable pour la stabilité macroéconomique. En limitant les effets de l’inflation importée, elle a contribué à préserver le pouvoir d’achat et à contenir le coût des importations. Toutefois, cet équilibre demeure étroitement lié à la solidité des réserves de change, à l’évolution des recettes d’exportation et aux conditions financières internationales. À moyen terme, le renforcement durable du dinar dépendra avant tout de la diversification des exportations et de la capacité de l’économie algérienne à générer davantage de recettes en devises hors hydrocarbures.
Evolution mensuelle du cours du dinar algérien
Politique Monétaire
En général, la politique monétaire peut être expansionniste ou restrictive. L’expansion monétaire vise à augmenter l’offre de monnaie pour stimuler l’activité économique et la croissance. Cela peut se faire en abaissant les taux d’intérêt, en augmentant la masse monétaire ou en encourageant les prêts bancaires. En revanche, une politique monétaire restrictive vise à ralentir l’activité économique pour éviter l’inflation, en réduisant la masse monétaire et en augmentant les taux d’intérêt.
Dans le contexte algérien, la Banque d’Algérie est l’institution monétaire nationale chargée de mettre en œuvre la politique monétaire. Son objectif est de maintenir la stabilité financière du pays en veillant à ce que l’offre de monnaie réponde aux besoins de l’économie, tout en évitant l’inflation et en stabilisant le taux de change de la monnaie nationale.
Ces dernières années, la politique monétaire algérienne a dû relever des défis tels que la chute des prix du pétrole, principale source de revenus du pays. Pour y faire face, la Banque d’Algérie a pris plusieurs mesures, notamment en augmentant les taux d’intérêt et en limitant la croissance de la masse monétaire pour prévenir l’inflation. Parallèlement, des réformes structurelles ont été lancées pour diversifier l’économie et réduire la dépendance aux exportations de pétrole
Politique monétaire en 2023
Malgré les tensions géopolitiques persistantes et les perturbations sur le marché des hydrocarbures, l’économie algérienne a affiché des performances globalement appréciables en 2023, notamment en termes d’exportations et de revenus de l’État. Cette évolution économique, soutenue par l’amélioration des conditions du commerce international, a contribué à atténuer les pressions inflationnistes vers la fin de l’année 2023.
Maîtrise de l’inflation : un défi majeur pour la Banque d’Algérie
En dépit des perspectives positives en matière de croissance et de position extérieure globale, la maîtrise de l’inflation reste la préoccupation majeure de la Banque d’Algérie. Pour ce faire, elle utilise de manière cohérente et calibrée différents instruments conformément à la Loi monétaire et bancaire.
Réformes légales et modernisation de la Banque d’Algérie
Le processus de réformes du cadre légal régissant les missions de la Banque d’Algérie a été amorcé avec la promulgation de la nouvelle loi monétaire et bancaire en juin 2023. Cette loi vise à moderniser les missions et la gouvernance de la banque centrale ainsi que son cadre de politique monétaire. Elle permet également d’élargir l’utilisation des instruments de politique monétaire pour les adapter aux spécificités de la finance islamique et de la finance verte.
Stabilité financière et soutien aux banques
Pour préserver la stabilité financière, la nouvelle loi permet à la Banque d’Algérie d’apporter de la liquidité d’urgence à une banque solvable confrontée à un problème temporaire de liquidité.
Conduite de la politique monétaire face à l’inflation importée
Face à une inflation essentiellement importée, la Banque d’Algérie a maintenu son taux directeur inchangé à 3%, l’un des plus bas de la région Moyen-Orient et Afrique du Nord, pour favoriser la croissance économique post-Covid. Elle a également utilisé la politique de change et des instruments monétaires ciblant directement la liquidité potentiellement inflationniste.
Performances remarquables de la balance des paiements
Les excédents de la balance des paiements enregistrés en 2022 et 2023 ont permis de reconstituer des réserves de change importantes, offrant un buffer face aux chocs externes. L’Algérie, faiblement exposée aux variations des taux d’intérêt internationaux grâce à son faible niveau de dette extérieure, a pu apprécier le dinar par rapport aux monnaies des partenaires commerciaux, atténuant ainsi l’effet de l’inflation importée.
Mesures supplémentaires pour contrôler la liquidité
En avril 2023, la Banque d’Algérie a augmenté le taux de réserve obligatoire de 1% pour le porter à 3% et a renforcé les reprises de liquidité bilatérales à 600 milliards de dinars. Ces mesures visaient à contrôler l’excès de liquidité tout en permettant le financement de l’économie nationale sans coûts supplémentaires.
Programme Spécial de Refinancement (PSR)
Le Programme Spécial de Refinancement, mis en place en 2021 pour un montant plafond de 2 100 milliards de dinars, a consisté en des opérations de cession temporaire de liquidités. À fin 2023, le PSR affichait un encours de 1 628 milliards de dinars, suite à des remboursements anticipés par les banques.
Evolution de la situation monétaire 2023
À la fin de l’année 2023, la masse monétaire en Algérie, mesurée par l’agrégat M2, a enregistré une croissance de 6,0 %, passant de 22 964,47 milliards de dinars à la fin de 2022 à 24 330,82 milliards de dinars. Cette augmentation est principalement due à une hausse de 68,7 % de l’agrégat M1, qui a connu une croissance de 6,1 % en 2023, bien inférieure à celle de 13,2 % en 2022. L’agrégat M1 a ainsi augmenté de 939,24 milliards de dinars, atteignant 16 318,78 milliards de dinars à la fin de 2023. Parallèlement, la quasi-monnaie a progressé de 5,6 %, atteignant 8 012,03 milliards de dinars contre 7 584,93 milliards de dinars à la fin de l’année précédente.
Croissance de la masse monétaire hors hydrocarbures
Hors dépôts de l’entreprise nationale des hydrocarbures, la masse monétaire M2 a augmenté de 7,2 % en 2023, contre une croissance de 11,0 % en 2022, passant de 21 103,45 milliards de dinars à 22 620,97 milliards de dinars. La croissance de l’agrégat M1 en 2023 est principalement due à une augmentation de la circulation fiduciaire hors banques, qui a affiché un taux de croissance de 8,6 % en 2023 contre 10,1 % en 2022, atteignant 8 030,76 milliards de dinars à la fin de 2023.
Contribution des dépôts et défis pour l’inclusion financière
Malgré une croissance moins importante que l’année précédente, la circulation fiduciaire hors banques a contribué à hauteur de 46,7 % à la croissance de la masse monétaire, représentant 34 % du total de M2. Cela pose un défi majeur pour l’inclusion financière en Algérie. Plusieurs chantiers visant à introduire des moyens de paiement modernes étaient en phase de finalisation à la fin de 2023. Les dépôts auprès des CCP ont également contribué de manière significative à l’augmentation de la masse monétaire M2, avec une croissance de 16,4 % en 2023.
Dépôts auprès du Trésor et des banques
Les dépôts auprès du Trésor ont augmenté de 52,6 % en 2023, atteignant 556,76 milliards de dinars, après une baisse de 8,5 % en 2022. Cette croissance a contribué à hauteur de 14,0 % à la croissance de M2. En revanche, les dépôts à vue auprès des banques ont diminué de 1,8 % en 2023, passant de 6 273,91 milliards de dinars en 2022 à 6 161,97 milliards de dinars en 2023. La baisse des dépôts de la société nationale des hydrocarbures, due au recul des prix sur les marchés internationaux, a également contribué à cette diminution.
Dépôts à terme et contreparties de la masse monétaire
Les dépôts à terme ont progressé de 5,6 % en 2023, atteignant 8 012,03 milliards de dinars, bien que cette croissance soit inférieure à celle de 17,4 % enregistrée en 2022. Ils constituent le deuxième facteur soutenant la croissance de la masse monétaire avec un taux de contribution de 31,3 %. L’analyse des contreparties de la masse monétaire montre que sa croissance en 2023 résulte principalement d’une augmentation des avoirs extérieurs nets, qui ont contribué à hauteur de 56,9 %.
Crédits à l’économie et à l’État
Les crédits à l’économie ont également contribué à l’accroissement de la masse monétaire, avec une croissance de 5,8 % en 2023, comparée à 3,3 % en 2022. Ils sont passés de 10 115,24 milliards de dinars en 2022 à 10 697,86 milliards de dinars en 2023. Cette expansion du crédit, majoritairement destinée au secteur privé, devrait favoriser la diversification de l’économie et stimuler la demande. Les crédits nets à l’État ont augmenté de 2,0 %, atteignant 13 298,17 milliards de dinars à la fin de 2023.
Perspectives et défis pour l’avenir
Bien que les prix des hydrocarbures soient restés inférieurs à leur niveau de l’année précédente, ils ont permis à l’Algérie d’accumuler davantage de réserves en 2023. Les avoirs extérieurs nets ont ainsi augmenté de 9,0 %, atteignant 9 427,28 milliards de dinars. Les crédits à l’économie ont également contribué à la croissance de la masse monétaire, avec une expansion de 5,8 % en 2023. Cette dynamique devrait soutenir le processus de diversification économique et stimuler la croissance à travers l’encouragement de l’investissement et la demande des ménages.
La masse monétaire (M1)
En 2023, la masse monétaire M1 en Algérie a enregistré une croissance de 6,1 %, passant de 15 379,54 milliards de dinars à la fin de 2022 à 16 318,78 milliards de dinars à la fin de 2023. Cette augmentation est principalement due à une hausse de la circulation fiduciaire hors banques, qui a affiché un taux de croissance de 8,6 % en 2023. Malgré une croissance moins importante que l’année précédente, la circulation fiduciaire hors banques a contribué à hauteur de 46,7 % à la croissance de la masse monétaire M1, représentant 34 % du total de M2. Les dépôts auprès des CCP ont également joué un rôle significatif, avec une croissance de 16,4 % en 2023.
Agrégat (M2)
Structure de la masse monétaire
Liquidité bancaire
En 2023, la liquidité bancaire en Algérie a connu une baisse significative de 21,1 %, atteignant 1 551,45 milliards de dinars à la fin de l’année, contre 1 966,41 milliards de dinars en 2022. Cette diminution est attribuée à plusieurs facteurs, notamment le recul des exportations d’hydrocarbures, la fin des dispositifs d’allégement mis en place durant la crise sanitaire, et les mesures de politique monétaire telles que l’augmentation du taux de la réserve obligatoire.
Le marché interbancaire a également été impacté, avec un montant cumulé des opérations à 24 heures et à terme de 206,10 milliards de dinars en 2023, en baisse de 23,0 % par rapport aux 267,68 milliards de dinars en 2022. Il est notable que 84 % des opérations ont été réalisées dans le segment à terme. Le taux d’intérêt global sur le marché interbancaire s’est établi à 2,53 % en décembre 2023, contre 2,69 % en décembre 2022.
En ce qui concerne le marché des titres de créances négociables, l’encours des émissions des valeurs d’État par voie d’adjudication a augmenté de 29,2 % en 2023, atteignant 4 351,31 milliards de dinars, bien que cette croissance soit inférieure à celle des deux années précédentes. Les taux de rendement des différents types de titres de l’État ont légèrement varié, avec des taux inchangés pour les bons du Trésor à court terme et des taux compris entre 4,36 % et 6,65 % pour les bons et obligations de Trésor assimilables.
La structure de l’encours total des titres du Trésor a également évolué en 2023. Les titres à court terme ont vu leur part diminuer de 6,51 % en 2022 à 3,15 % en 2023. Les bons de Trésor assimilables (BTA) ont représenté 73,34 % des titres adjugés en 2023, contre 74,76 % en 2022, avec une baisse notable des BTA à un et trois ans, et une hausse des BTA à deux et cinq ans. La part des obligations de Trésor assimilables (OAT) a augmenté, passant de 18,7 % en 2022 à 23,4 % en 2023, principalement en raison de la croissance des OAT à sept et quinze ans.
Intermédiation et infrastructures bancaire
L’intermédiation bancaire joue un rôle crucial dans le dynamisme économique en permettant aux institutions financières de recueillir les dépôts des clients pour ensuite les redistribuer sous forme de prêts. Ce processus est fondamental pour une allocation efficace des ressources financières, stimulant par conséquent la croissance économique.
Les infrastructures sur lesquelles repose ce système d’intermédiation sont variées et complexes. Elles incluent le système de paiement, essentiel pour les transactions quotidiennes, les marchés financiers qui facilitent l’échange de titres financiers, les chambres de compensation qui assurent la liquidation des transactions, les systèmes de cotation qui évaluent les actifs financiers, et la réglementation bancaire, qui vise à maintenir la stabilité et la confiance dans le secteur financier.
En Algérie, le secteur bancaire a connu une évolution notable ces dernières années grâce à des réformes et à une modernisation accrue. Toutefois, le pays fait face à des défis persistants en termes d’inclusion financière, avec une partie importante de la population encore peu ou pas bancarisée. De plus, la diversification des sources de financement reste un enjeu majeur, l’économie algérienne étant fortement dépendante de quelques secteurs clés comme les hydrocarbures. Ces défis nécessitent des réponses politiques et des innovations financières pour améliorer l’accès aux services bancaires et élargir les options de financement disponibles pour les entreprises et les particuliers.
Bancarisation en 2023 : agences
À la fin de l’année 2023, le système bancaire algérien se compose de 28 banques et établissements financiers, tous basés à Alger. Parmi ces institutions, douze banques offrent des produits et services de finance islamique, dont six banques publiques et six banques privées, avec deux spécialisées exclusivement dans la finance islamique.
Le réseau bancaire algérien compte 1 649 agences, réparties entre 1 249 agences publiques et 400 agences privées. En 2023, 89 agences étaient dédiées à la finance islamique, contre 75 en 2022. Les banques publiques totalisent 18 agences de finance islamique, tandis que les banques privées en comptent 71, dont 58 pour les deux banques spécialisées.
Le nombre d’agences des établissements financiers a légèrement augmenté, passant de 96 en 2022 à 97 en 2023. Au total, les banques et établissements financiers comptent 1 746 agences, traduisant une densité d’une agence pour 26 690 habitants en 2023, contre 26 628 en 2022. Le ratio population active/guichets bancaires s’est amélioré, avec un guichet pour 8 141 personnes en âge de travailler, contre 8 238 en 2022.
Les centres des chèques postaux disposent de 4 209 agences à travers le pays, soit un établissement postal pour 3 189 personnes actives. En combinant les agences bancaires et postales, le total s’élève à 5 858 agences, avec un ratio population active/agences de 2 291 personnes en 2023, contre 2 319 en 2022.
Le nombre de comptes bancaires actifs en dinars a augmenté de 6,57 %, atteignant 12 818 657 comptes en 2023, contre 12 028 816 en 2022. Les personnes morales représentent 5 % de ces comptes, tandis que les personnes physiques en représentent 95 %. Les comptes bancaires actifs en devises ont également augmenté de 5,96 %, atteignant 4 673 292 comptes en 2023. Les personnes morales ne représentent que 0,73 % de ces comptes, tandis que les personnes physiques en représentent plus de 99 %.
Le niveau de bancarisation, mesuré par le nombre de comptes ouverts par les banques et les centres des chèques postaux, a légèrement progressé en 2023, atteignant 3,41 comptes par personne en âge de travailler, contre 3,26 en 2022.