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Politique monétaire en Algérie : du financement non conventionnel au cadre actuel

Entre 2017 et 2019, l’Algérie a utilisé un mécanisme exceptionnel de financement monétaire direct du Trésor. Cet épisode ne doit pas être confondu avec la politique monétaire actuelle, aujourd’hui conduite à travers les taux d’intérêt, les réserves obligatoires, la gestion de la liquidité et un cadre légal renouvelé en 2023.

Mise à jour : septembre 2026 · historique 2017–2019 et instruments monétaires actuels 2026
Financement non conventionnel6 556,2 Mds DAmobilisés fin 2017–janv. 2019
Taux directeur2,50 %en vigueur en 2026
Réserve obligatoire1 %en vigueur mi-2026
Inflation 20244,40 %national, fin 2024
Actifs liquides 2024113,8 %/ passifs court terme
Épisode 2017–2019

Qu’était le financement non conventionnel ?

La loi n° 17‑10 du 11 octobre 2017 a introduit l’article 45 bis dans l’ancienne ordonnance relative à la monnaie et au crédit. Il autorisait, à titre exceptionnel et pour une période pouvant aller jusqu’à cinq ans, l’achat direct par la Banque d’Algérie de titres émis par le Trésor.

Objectif 1 — Trésor

Participer à la couverture des besoins de financement du Trésor après la chute des prix des hydrocarbures et l’épuisement progressif de l’épargne budgétaire.

Objectif 2 — Dette interne

Financer une partie de la dette publique interne et des engagements accumulés envers plusieurs acteurs publics.

Objectif 3 — FNI

Financer le Fonds national d’investissement, notamment pour certaines opérations d’investissement et programmes publics.

Point de méthode : le texte autorisait le mécanisme pendant cinq ans, mais la Banque d’Algérie indique que 6 556,2 Mds DA avaient été mobilisés entre la mi‑novembre 2017 et fin janvier 2019. Il faut donc distinguer durée légale possible et période effective de mobilisation documentée.
Utilisation des 6 556,2 Mds DA

À quoi ont servi les montants mobilisés ?

La Banque d’Algérie a publié en avril 2019 une ventilation de l’encours mobilisé.

AffectationMontantPart approximativeLecture
Déficit du Trésor2 470 Mds DA37,7 %Financement des déficits 2017–2018 et partiellement 2019.
Dette publique interne1 813 Mds DA27,7 %Remboursement de dettes envers Sonatrach, Sonelgaz et de l’emprunt obligataire pour la croissance.
CNR / CNAS500 Mds DA7,6 %Refinancement de la dette de la CNR envers la CNAS.
Fonds national d’investissement1 773,2 Mds DA27,0 %Programmes AADL, déficit de la CNR et projets structurants.

Les pourcentages sont calculés à partir de la ventilation officielle de la Banque d’Algérie et arrondis.

Chronologie

Du dispositif exceptionnel au nouveau cadre monétaire

2014
Choc pétrolierLa baisse des prix des hydrocarbures réduit les recettes publiques et accélère l’érosion de l’épargne budgétaire.
Oct. 2017
Loi n° 17‑10Création du mécanisme exceptionnel permettant à la Banque d’Algérie d’acheter directement des titres du Trésor.
2017–2019
6 556,2 Mds DA mobilisésLa Banque d’Algérie documente la mobilisation de ce montant entre mi‑novembre 2017 et fin janvier 2019.
Juin 2023
Nouvelle loi monétaire et bancaireLa loi n° 23‑09 remplace l’ancienne ordonnance et redéfinit le cadre légal de la Banque d’Algérie, du Conseil monétaire et bancaire et de la politique monétaire.
2024
Taux directeur maintenu à 3 %La Banque d’Algérie maintient également la réserve obligatoire à 3 %, tout en utilisant des reprises de liquidité ciblées.
Août 2025
AssouplissementLe taux directeur passe de 3 % à 2,75 % et la réserve obligatoire de 3 % à 2 % dans un contexte de désinflation.
Jan. 2026
Nouveau recul du taux directeurL’instruction n° 02‑2026 fixe le taux directeur à 2,50 %. Les statistiques 2026 de la Banque d’Algérie montrent également une réserve obligatoire ramenée à 1 %.
Cadre actuel

Comment fonctionne aujourd’hui la politique monétaire ?

Le pilotage actuel repose sur des instruments conventionnels de banque centrale et sur la gestion de la liquidité bancaire, dans le cadre de la loi monétaire et bancaire de 2023.

Taux directeur

Il influence le coût du refinancement bancaire et sert de signal sur l’orientation générale de la politique monétaire. Il est fixé à 2,50 % depuis janvier 2026.

Réserves obligatoires

Elles imposent aux banques de conserver une fraction de leurs exigibilités auprès de la Banque d’Algérie. Le taux observé à mi‑2026 est de 1 %.

Opérations de liquidité

La Banque d’Algérie peut fournir ou absorber de la liquidité par opérations principales, réglage fin, facilités permanentes et autres instruments prévus par son cadre réglementaire.

Objectif de stabilité des prix

La Banque d’Algérie présente la stabilité des prix comme objectif ultime de sa politique monétaire, avec un suivi de l’inflation globale et sous-jacente.

Taux de change

Le canal du change compte aussi dans une économie importatrice : la Banque d’Algérie souligne son rôle dans la limitation des risques d’inflation importée.

Prévision & modernisation

Depuis 2024, la Banque d’Algérie développe un système de prévision et d’analyse de politique monétaire de type FPAS afin d’améliorer la décision et la transmission.

Transmission

Du taux directeur à l’économie réelle

Une décision monétaire n’agit pas instantanément sur les prix ou l’activité. Elle passe par plusieurs canaux dont l’efficacité dépend du fonctionnement du système bancaire et des marchés financiers.

Crédit

Le coût et la disponibilité du financement bancaire influencent consommation, investissement et besoin en fonds de roulement.

Liquidité

Un excès de liquidité bancaire peut réduire l’efficacité d’un simple changement de taux ; des opérations d’absorption peuvent alors compléter le signal de taux.

Change

Le taux de change affecte le prix en dinars des biens importés et donc une partie de l’inflation domestique.

Anticipations

La crédibilité et la communication de la banque centrale influencent les anticipations d’inflation et les décisions des agents économiques.

Lecture 2024 : la Banque d’Algérie a maintenu le taux directeur et les réserves obligatoires à 3 %, mais a renforcé des reprises de liquidité bilatérales jusqu’à 600 Mds DA durant les six premiers mois de 2024 afin de cibler un excès de liquidité concentré.
Analyse Algeria Business

Ce qu’il faut retenir du financement non conventionnel

L’épisode 2017–2019 doit être analysé comme une réponse exceptionnelle à une contrainte de financement public, pas comme un substitut permanent à une politique budgétaire et monétaire soutenable.

1. Création monétaire ≠ dépense immédiate

Le montant mobilisé auprès de la Banque d’Algérie ne se traduit pas intégralement et instantanément par une hausse équivalente de la monnaie en circulation : l’usage des fonds et leur destination comptent.

2. Inflation : relation non mécanique

La Banque d’Algérie souligne qu’en 2018–2019, le financement non conventionnel ne s’est pas accompagné d’une accélération de l’inflation. Cela ne signifie pas qu’un financement monétaire est sans risque inflationniste dans d’autres contextes.

3. Discipline budgétaire

Un financement direct du Trésor peut réduire la contrainte immédiate de financement, mais crée un risque si les dépenses permanentes progressent plus vite que les ressources durables.

4. Gestion de la liquidité

La banque centrale doit pouvoir absorber ou fournir de la liquidité selon la situation afin de maintenir la cohérence avec son objectif de stabilité des prix.

5. Cadre institutionnel

La loi monétaire et bancaire de 2023 est désormais la référence du cadre actuel. L’analyse doit donc distinguer explicitement l’ancien mécanisme exceptionnel des instruments contemporains.

Conclusion AB

Le suivi pertinent aujourd’hui porte sur l’inflation, les taux, la liquidité, le crédit, le financement du déficit et les liens entre politique monétaire et finances publiques — plutôt que sur la seule référence historique à la « planche à billets ».

À suivre

Indicateurs de politique monétaire

Taux directeur

Suivre les décisions du Conseil monétaire et bancaire et leur calendrier.

Réserve obligatoire

Mesurer les changements du taux et leur effet sur la capacité de prêt des banques.

Inflation globale & sous-jacente

Distinguer la dynamique générale des prix des composantes plus volatiles.

Liquidité bancaire

Observer encours, opérations d’absorption ou de refinancement et concentration par banque.

Crédit à l’économie

Suivre la croissance des crédits et leur répartition entre entreprises, ménages et secteur public.

Financement du Trésor

Suivre dette intérieure, émissions de titres, concours bancaires et éventuelles opérations exceptionnelles.