Le rebasage économique : pourquoi un pays "change" la taille de son économie ?

Lorsqu’un gouvernement annonce que le PIB du pays augmente soudainement de 20 %, 30 % ou parfois même 60 %, beaucoup pensent que le pays s’est brusquement enrichi.

En réalité, ce n’est généralement pas une création de richesse, mais un rebasage économique.

Le rebasage est une opération statistique qui consiste à moderniser la manière dont est calculée la richesse nationale afin de mieux refléter la structure réelle de l’économie.

Pour un pays comme l’Algérie, où de nombreux secteurs ont profondément évolué depuis vingt ans, cette opération est devenue un enjeu majeur.

Qu'est-ce que le rebasage économique ?

Le rebasage de l'économie algérienne :


un tournant statistique majeur

L’Algérie s’apprête à franchir une étape importante dans la modernisation de son système statistique avec le futur rebasage de ses comptes nationaux. Cette opération, souvent mal comprise du grand public, ne consiste pas à créer de nouvelles richesses, mais à mesurer plus fidèlement une économie qui a profondément évolué au cours des deux dernières décennies.

Le dernier rebasage des comptes nationaux remonte au début des années 2000. Depuis, l’économie algérienne s’est considérablement transformée : de nouveaux secteurs se sont développés, les habitudes de consommation des ménages ont changé, le secteur privé s’est renforcé et les services occupent désormais une place beaucoup plus importante dans la création de richesse nationale. Pourtant, une partie des statistiques continue de s’appuyer sur une structure économique devenue largement dépassée.

L’Algérie n’en est pas à son premier rebasage des comptes nationaux. Les anciennes statistiques reposaient sur une année de base 1989 et sur une méthodologie inspirée du Système de comptabilité nationale (SCN) de 1968. Après plus de trente ans d’utilisation, cette base ne reflétait plus la structure réelle de l’économie algérienne.

À la fin de l’année 2023, l’Office National des Statistiques (ONS) a publié une nouvelle série de comptes nationaux couvrant la période 2001-2022, en adoptant 2001 comme nouvelle année de base et en s’alignant sur les normes internationales du Système de comptabilité nationale 2008 (SCN 2008).

Cette modernisation constitue une évolution majeure. L’ancienne nomenclature économique, organisée autour de 7 grands secteurs, a été remplacée par une classification plus détaillée de 17 secteurs d’activité, permettant de mieux mesurer le poids des services, des télécommunications, des activités numériques, de la recherche-développement et de nombreuses activités qui étaient jusque-là sous-évaluées.

L’impact sur les comptes nationaux est loin d’être négligeable. Selon le Fonds monétaire international (FMI), ce rebasage a entraîné une augmentation moyenne d’environ 10 % du PIB nominal sur l’ensemble de la période révisée. Pour la seule année 2022, l’ONS estime que le PIB nominal est supérieur de 12,8 % à celui calculé avec l’ancienne base de 1989.

Concrètement, le PIB nominal de l’Algérie en 2022 s’établit désormais à 32 028,4 milliards de dinars, soit environ 234 milliards de dollars, contre un niveau sensiblement inférieur dans l’ancienne série statistique. Cette différence ne traduit pas une création soudaine de richesse, mais une meilleure prise en compte des activités économiques réellement produites dans le pays.

Le rebasage a également conduit à une réévaluation de l’investissement national. La Formation Brute de Capital Fixe (FBCF), qui mesure l’ensemble des investissements réalisés dans l’économie, passe de 8 208 milliards de dinars (ancienne base) à 9 652,7 milliards de dinars, soit environ 70,5 milliards de dollars avec la nouvelle base. Cette progression illustre une meilleure comptabilisation des investissements publics et privés.

Au-delà des montants, ce rebasage offre une image beaucoup plus fidèle de l’économie algérienne. Il permettra de mieux apprécier le poids réel des différents secteurs, de suivre plus précisément les politiques de diversification économique et d’améliorer la crédibilité des statistiques nationales auprès des investisseurs, des institutions financières internationales et des partenaires économiques.

Il est toutefois essentiel de rappeler qu’un rebasage ne modifie pas la réalité économique vécue par les ménages. Les salaires, le pouvoir d’achat, les prix ou le niveau de vie ne changent pas du fait d’un nouveau calcul statistique. Ce qui change, c’est la qualité de la mesure.

En d’autres termes, le rebasage de 2023 ne rend pas l’Algérie plus riche qu’elle ne l’était ; il permet simplement de mesurer avec davantage de précision la richesse qu’elle produisait déjà. Cette modernisation statistique constitue néanmoins un outil stratégique pour piloter les politiques publiques, évaluer les performances économiques et accompagner les ambitions de diversification du pays.

AnnéeAnnée de basePIB nominalÉquivalent en dollarsÉvénement
19891989≈ 52,6 milliards USDL’année 1989 devient la nouvelle année de base des comptes nationaux. Cette référence sera utilisée pendant plus de 30 ans. 
20011989L’économie algérienne évolue fortement, mais les comptes restent calculés avec la base 1989.
2022 (ancienne base)198927 688,9 milliards DZD≈ 202 milliards USDDernière estimation du PIB avec l’ancienne base 1989. 
2022 (nouvelle base)200132 028,4 milliards DZD≈ 234 milliards USDRebasage des comptes nationaux : le PIB est réévalué de +12,8 %
20232001≈ 248 milliards USDPremière année analysée avec les nouvelles séries statistiques. 
20242001≈ 269 milliards USDPoursuite de la croissance nominale de l’économie. 
2025 (estimation)2001≈ 286 milliards USDEstimations macroéconomiques. 
2026 (prévision FMI)2001≈ 317 milliards USD (près de 320 milliards USD)L’Algérie consoliderait sa place parmi les principales économies africaines. 

Vers un nouveau rebasage :

l'Algérie poursuit la modernisation de ses comptes nationaux

Ressources et bibliographie