Modèle alimentaire

Un modèle alimentaire est un système élaboré à partir d’un ensemble de règles, de choix et de pratiques d’ordre technique, social, symbolique et politique. Il se trouve au confluent de la culture du pays avec l’identité et les valeurs de la société et des individus qui la composent, de sa situation économique, de la politique publique de l’État, des revenus des ménages et l’état sanitaire de la population.

Les pratiques alimentaires

Culture - Ration - Aliments

La dimension de consommation

Population - Revenus - Politiques de l'Etat

L'origine des produits

Production - Importation - Finacement

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La présentation du modèle

La présentation d’un modèle alimentaire, passe par un regard rétrospectif sur les différentes informations qu’on peut recueillir au travers de trois éléments :

 

    • -Les pratiques alimentaires : culture, aliments consommés et formes de consommation
    • -La dimension de la consommation et les paramètres qui influencent son évolution
    • -L’origine des produits consommés

On peut donc esquisser le modèle de consommation alimentaire des Algériens sur la base de ces trois éléments

Les pratique alimentaire

La dimension de consommation

L'origine des produits

Les pratiques alimentaires

La culture alimentaire

Le modèle alimentaire algérien originel fait partie du régime méditerranéen, qui est une pratique alimentaire traditionnelle dans plusieurs pays autour de la mer Méditerranée. Caractérisée par la consommation en abondance de céréales, légumineuses, fruits, herbes aromatiques et d’huile d’olive. Une consommation modérée de produits laitiers d’origine variée (chèvre et brebis essentiellement et issus de la vache dans une moindre mesure), d’œufs et de vin. Une consommation limitée de poisson et une consommation faible de viande.

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La disponibilités des aliments

Depuis 1962, la consommation alimentaire des Algériens a beaucoup progressé. La ration consommée est passée de 1.723 à 2.944 calories entre 1961 et 1990 et est passé à plus de 3343 en 2019, ce qui fait que l’Algérie est classée par l’IFPRI dans le groupe des pays à faible niveau de faim.

 

Deux traits caractérisent l’évolution de la ration alimentaire en Algérie depuis les années 60 : une diversification de sa composition, et le maintien des céréales à la première place des produits consommés. Toutefois, si la ration alimentaire est quantitativement suffisante, elle reste qualitativement déséquilibrée. Les comportements et mode de consommation se rapprochent des pays développés et sont sources de pathologies et de dépenses de santé croissantes. Il y a aussi des pertes et des gaspillages alimentaires. Cette tendance est aggravée du fait de l’évolution relative des prix des produits alimentaires frais et industrialisés. Il est en effet remarquable que les prix des produits industriels évoluent moins vite que les prix des produits agricoles frais. L’inflation touche particulièrement les biens alimentaires à l’approche de certains événements (Aïd, Ramadhan, fêtes familiales…).

 

Aliments consommés

Les céréales et le lait occupent une place dominante dans le modèle de consommation des algériens. Elles constituent avec leurs dérivés l’épine dorsale du système alimentaire. Auxquelles il faut rajouter l’huile, le sucre, la pomme de terre, l’ognon, la tomate, l’ail pour constituer les produits stratégiques qui continuent à être soutenus par l’État 

Céréales

Les céréales fournissent 54% des apports énergétiques (des calories) et 62% des apports protéiques de la ration alimentaire journalière. Ils occupent 40% de la SAU et constituent 40% de la valeur des importations.

 

Le blé dur reste la base de l’alimentation en céréales, produit traditionnel ancré dans la tradition avec la semoule, mais qui est de plus en plus concurrencé par le blé tendre (pain), utilisé notamment pour la fabrique de la baguette. A cela, il faut rajouter la maïs et l’orge. 

Ceci situe l’Algérie dans le podium mondial pour la consommation de blé par tête d’habitant avec plus de 200 kg, devant l’Egypte (131 kg) et la France (98 kg).

Lait

Le lait occupe une place prépondérante dans la ration alimentaire des algériens et apporte la plus grande part de protéines d’origine animale.

 

La consommation moyenne nationale a été évaluée ces dernières années à 3,7 milliards de litres/an, dont 2 milliards de litres de lait cru, 500 millions de litres de lait en poudre et 1,2 milliard de litres de lait en sachets. La consommation de lait qui était évaluée à 34 litres par an et par personne en 1967-68 (FAO) est passée à 61 litres en 1979-80 (ONS). Elle aurait plus que doublé en 2015 avec une consommation moyenne par habitant de 134 litres en équivalent lait, ce qui fait de l’Algérie le premier consommateur de lait et dérivés de la région Maghreb.

Huile

La consommation moyenne nationale en huiles alimentaires est de l’ordre de 400 000 tonnes environ, soit 360 millions de litres par an. 

Sucre

L’Algérie consomme 1,1 million de tonnes de sucre. 

Viandes

L’Algérie consomme en moyenne 340 000 tonnes de viandes rouges et 240 000 tonnes de viandes blanches. La production moyenne annuelle est de l’ordre de 300 000 tonnes de viandes rouges ovines et bovines avec des importations d’appoint de 40 000 tonnes de viandes bovines congelées soit 12 % de la consommation. À cette quantité, s’ajoutent 240 000 tonnes de viandes blanches (poulet et dinde) issues totalement de la production avicole locale. On recense dans la filière avicole 1 950 producteurs privés qui s’activent dans l’élevage, l’abattage et l’importation.

Légumes

Concernant les fruits et légumes frais, l’offre globale est de l’ordre de 9 millions de tonnes environ, dont 5,5 millions de tonnes de fruits frais et 3,5 millions de tonnes de légumes. Les légumes frais sont issus de la production nationale alors que 250 000 tonnes/an de fruits (essentiellement banane et pommes) proviennent du marché international (Ministère du Commerce, 2016).

Consommation alimentaire en Algérie

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La consommation alimentaire en Algérie

Aller dans le détail : évolution, chiffres, composantes

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La dimension de consommation

Les consommations alimentaires de l’Algérie ont fortement augmenté depuis l’indépendance sur les plans quantitatif et qualitatif, ce qui a conduit à l’évolution du modèle alimentaire de base.

Cette augmentation s’explique par la croissance démographique, par la hausse des revenus et des dépenses en alimentation, mais aussi par des politiques agricoles et alimentaire de l’Etat, notamment la subvention de la production agricole et la subvention des produits alimentaires à large consommation. 

 

La population

La forte hausse de la demande de produits alimentaires est due d’abord à la croissance de la population. Faut-il rappeler en premier qu’en Algérie, la population totale a été multipliée par 4 entre 1960 (10,8 millions d’habitants) et 2020 (43,3 millions d’habitants), ce qui a démultiplié d’autant les besoins alimentaires.

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La population en Algérie

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Les ressources financières des ménages

La demande sur les produits alimentaire a aussi été stimulée par l’augmentation des revenus de la population qui a été relativement forte. Le montant annuel perçu par les ménages est passé de 15,5 milliards de dinars en 1969 à 181 milliards en 1988, il est de 11 381,5 en 2018. En admettant que la croissance du PIB par tête d’habitant reflète la hausse des revenus des ménages, celui-ci – exprimé en US$ en parité de pouvoir d’achat et internationaux courants – a été multiplié par deux entre 1990 et 2019.

La hausse des revenus peut aussi s’apprécier à travers la dépense par tête pour la consommation alimentaire. Entre 2000 et 2011, celle-ci a été multipliée par 2,3 (ONS, 2015).

Un autre indice de la hausse des revenus des ménages est la baisse du taux de pauvreté. La Banque mondiale indique pour 2011 un taux de pauvreté de 5,5 %, avec un taux d’extrême pauvreté de seulement 0,5 %.  

 

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Les politiques publiques

Indissociable de l’intervention directe de l’État dans la gestion de l’offre, l’évolution de la consommation alimentaire est également liée aux mutations économiques et sociales intervenues depuis l’indépendance et auxquelles l’État est lié.

La politique alimentaire a été articulée avec les politiques de développement initiées par l’Algérie après l’indépendance. Elle avait comme objectif, de corriger les défaillances alimentaires et nutritionnelles héritées de la période coloniale et augmenter le degré d’autosuffisance en assurant à la population une disponibilité alimentaire stable.

Pour y arriver, l’État a mis en œuvre plusieurs mécanismes et politiques affichés par les plans de développement économique, et des politiques volontaristes en subventionnant les produits de base, valorisation du potentiel agricole existant, le développement des filières agroalimentaires et des importations d’appoint en facteurs de production agricoles. Ceci s’est traduit à l’amont par une subvention au secteur agricole par le financement de l’écart entre prix d’équilibre et prix réel de vente et à l’aval par un soutien alimentaire généralisé.

Soutiens à la production

L’État a joué jusqu’à maintenant un rôle de premier plan afin d’encourager la production des produits alimentaires, soit par la subvention de la production (subventionnant massivement les intrants chimiques, la semence et l’énergie), ou par des investissements directs (les volumes d’investissements ont été multipliés par 3,5 entre 1995 et 2015). 

Subventions aux produits alimentaires

L’évolution de la consommation alimentaire en Algérie est inséparable de l’engagement de l’Etat dans la gestion de l’offre de produits et des prix.

L’importance du soutien alimentaire apparaît à travers la nature des produits soutenus et le financement de l’écart entre prix d’équilibre (prix importations) et le prix au consommateur, c’est à dire le prix réel de vente. Les produits éligibles au soutien alimentaire tels que la farine, la semoule, le lait et l’huile forment l’essentiel de la ration alimentaire de la population. 

Le soutien systématique des prix des produits a été, en ce sens, à l’origine de l’accroissement de la consommation et, partant, de la demande en ces produits.

Par ces politiques de subventions généralisés les algériens ont délaissé la consommation de la semoule au profit de la farine, de l’huile d’olives au profit de l’huile de soja. La baguette, la pizza, ont laissé place au pain maison à base de semoule

Le changement de modèle alimentaire

Aller dans le détail : évolution, chiffres, composantes

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La source des produits

Pour répondre à la croissance et à la demande en produits alimentaires, l’Etat a fait beaucoup d’efforts, réalisés principalement grâce à la croissance des productions locales en produits agricoles et agroalimentaires mais aussi grâce au recours aux marchés agroalimentaires mondiaux, financés principalement par les revenus en devises des hydrocarbures. Ceci traduit par une une grande fragilité du modèle à cause d’une gouvernance économique peu efficiente. 

 

La production agricole

Agriculture

La production nationale est marquée par un déficit structurel. Ce déficit structurel concerne des produits de base dans le modèle de consommation dominant en  Algérie (blés, légumes secs, lait, huiles alimentaires et matières grasses, sucre). Pour faire face aux besoins d’approvisionnement du marché national, l’Etat a continué de recourir aux importations lesquelles, malgré les progrès indéniables réalisés en matière d’accroissement de l’offre domestique, ne diminuent ni en volume ni en valeur.

Les filières stratégiques ont connu une croissance forte et soutenue et la politique de renouveau rural, second pilier de la politique agricole initiée dans les années 2000, a touché près de 6 millions de ruraux.

Pour aller dans le détail

La production agricole en Algérie

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La production agro-alimentaire

Consommation

Augmenter le degré d’autosuffisance alimentaire par la production agro­alimentaire nationale, tel est l’objectif que s’est fixé l’État algérien depuis l’indépendance.

 

La politique alimentaire a été articulée au développement agroalimentaire. L’industrie agroalimentaire vise un double objectif : approvisionner le secteur agricole en intrants et alimenter l’activité de la transformation des produits agricoles au profit des ménages. Les IAA sont une branche à faible valeur ajoutée expliquée en partie par leur dépendance vis-à-vis des produits boursiers (blé, lait de poudre, huiles brutes, sucre) dont les fluctuations des cours se répercutent sur les prix des produits.

La production agro-alimentaire en Algérie

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Importations

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Pour faire face aux besoins d’approvisionnement du marché national, l’État a continué de recourir aux importations lesquelles, ne diminuent ni en volume ni en valeur, malgré les progrès indéniables réalisés en matière d’accroissement de l’offre domestique. Il est important d’être conscient du fait que la majorité de ces importations alimentaires concerne des aliments de base, en particulier des céréales, ainsi que des produits laitiers ce qui signifie qu’une grande partie de l’Algérie est désormais fortement tributaire des importations.

 

L’Algérie est aujourd’hui fortement dépendante de ses moyens de paiements extérieurs pour assurer ses approvisionnements alimentaires. Ainsi, la capacité permanente du pays à assurer à la population la sécurité alimentaire se fonde, en dépit des incitations consenties au monde agricole, sur les ressources des hydrocarbures. Cette politique sans ancrage direct sur le système productif national a nécessité non seulement des moyens financiers importants mais renforce également l’insertion du pays dans le marché mondial de l’alimentation au détriment du développement d’une base agroalimentaire au risque d’augmenter sa vulnérabilité alimentaire.

 

Si la baisse de ces moyens venait à se poursuivre sur les prochaines années – toutes choses restant égales par ailleurs – le risque politique serait grand de voir le pays dans l’incapacité d’assumer sa facture alimentaire. Le pays n’est pas à l’abri de chocs économique (baisse durable de nos ressources financières), commercial (aléa des marchés mondiaux), politique (conflits régionaux), ou naturel (cataclysmes, crise climatique ou sanitaire).  Des crises politiques pourraient enfin exercer une influence négative sur les capacités du pays à négocier les approvisionnements, notamment en céréales ou en produits laitiers, avec ses partenaires traditionnels (la France et l’Union européenne en particulier).

 

Là résident l’enjeu stratégique et le défi à relever. Pour cela, il faut repenser sérieusement les termes d’une sécurité alimentaire durable conjuguée à une souveraineté alimentaire a minima. 

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