Train Alger–Tamanrasset : 1 910 milliards de dinars, le défi économique du corridor saharien

Les préparatifs du chantier ferroviaire Alger–Tamanrasset ont franchi une nouvelle étape le 27 octobre à El Menéa. Avec une enveloppe globale annoncée de 1 910 milliards de dinars, soit environ 14,15 milliards de dollars au taux officiel du 27 octobre, le projet promet de désenclaver le Sud. Mais sa valeur économique dépendra moins des kilomètres posés que des marchandises effectivement transportées, des raccordements et des coûts d’exploitation.

Voie ferrée dans un paysage désertique, photographie d’illustration hors Algérie
Photo d’illustration (hors Algérie) : Gregorio Nuti / Unsplash.

Un corridor de plus de 2 000 kilomètres, à des stades d’avancement différents

Le 28 octobre, TSA a rapporté une inspection des installations logistiques et des préparatifs de chantier par le wali d’El Menéa, effectuée la veille. La ligne envisagée relie Alger à Tamanrasset sur environ 2 036 kilomètres. Le tronçon Alger–Laghouat, d’un peu plus de 300 kilomètres, existe déjà. Les autorités évoquent désormais le démarrage prochain de travaux sur 924 kilomètres, tandis que des appels d’offres doivent être lancés pour 651 kilomètres supplémentaires. Ces chiffres décrivent des périmètres administratifs différents : ils ne doivent pas être additionnés comme s’ils représentaient des kilomètres nouveaux et distincts.

Parmi les segments cités figurent Laghouat–Ghardaïa (265 kilomètres) et Ghardaïa–El Menéa (230 kilomètres), soit 495 kilomètres. La Banque africaine de développement (BAD) a approuvé le 13 juillet un financement de 878,09 millions de dollars pour la deuxième phase, portant notamment sur les 230 kilomètres Ghardaïa–El Menéa. Son communiqué précise que le programme vise à rapprocher les bassins agricoles et miniers des marchés. L’objectif politique de mise en service à fin 2028 demeure un calendrier annoncé, pas une échéance contractuelle vérifiée pour l’ensemble des tronçons.

Un budget massif, mais des montants qui ne désignent pas tous la même chose

Le projet de loi de finances 2027, selon les données présentées au Parlement et reprises par TSA, retient une enveloppe globale de 1 910 milliards de dinars. Au dernier cours officiel directement consultable de la Banque d’Algérie, soit 1 dollar pour 134,9411 dinars le 27 octobre 2026, cela correspond à environ 14,15 milliards USD. Ce calcul indicatif diffère des 14,6 milliards USD repris dans certaines publications, qui utilisent manifestement une autre hypothèse de change.

La présentation mentionne aussi 360 milliards DZD (environ 2,67 milliards USD) de crédits notifiés sur le budget de l’État et 321,6 milliards DZD (environ 2,38 milliards USD) de financement extérieur associé à la BAD. Il ne s’agit pas de trois dépenses à additionner : l’enveloppe globale, les notifications budgétaires et les financements décrivent des catégories différentes. De même, les 878,09 millions USD approuvés par la BAD en juillet concernent une phase identifiée et ne constituent pas une somme supplémentaire à ajouter automatiquement aux autres montants. Le suivi rigoureux doit distinguer autorisations, engagements, prêts approuvés, décaissements et paiements effectifs.

Le vrai rendement : fret, agriculture, mines et coûts logistiques

L’intérêt du rail réside dans sa capacité à transporter des volumes réguliers à un coût compétitif, notamment sur de longues distances. Dans le Sud, les besoins potentiels concernent les céréales, les intrants agricoles, les matériaux de construction, les équipements industriels et certains minerais. Mais le transport ferroviaire ne devient compétitif que si les producteurs disposent d’embranchements, de terminaux de chargement et de plateformes logistiques. Sans ces connexions, les entreprises devront multiplier les ruptures de charge entre camion et train, ce qui peut annuler une partie du gain attendu.

Le bénéfice pour les opérateurs algériens ne sera donc pas automatique. Il faudra mesurer le prix par tonne-kilomètre, la fiabilité des horaires, la disponibilité du matériel roulant, les volumes chargés dans les deux sens et le temps de passage en gare. Un corridor sous-utilisé peut coûter cher à entretenir même s’il représente une réussite de génie civil. Inversement, un réseau relié aux zones de production et aux ports peut réduire les coûts logistiques et rendre certaines activités du Sud plus compétitives. Cette distinction entre infrastructure construite et service réellement vendu doit guider l’évaluation publique.

Les risques d’exécution et les indicateurs à publier

Le chantier traverse des territoires soumis à de fortes amplitudes thermiques, à l’ensablement et à des distances logistiques importantes. Les ouvrages d’art, la maintenance, les équipements de signalisation et l’alimentation des bases de travaux pèseront sur le calendrier et sur les coûts. La présence d’entreprises algériennes et de groupes chinois dans le projet peut soutenir les compétences locales, mais il faudra connaître la part des marchés réellement attribuée aux fournisseurs nationaux, la formation des techniciens et le contenu local des achats.

Algeria Business recommande un tableau de bord public trimestriel distinguant les kilomètres contractés, les kilomètres effectivement réceptionnés, les dépenses payées, les retards, les coûts révisés et les marchés de sous-traitance. Après la mise en service, les indicateurs pertinents seront le fret annuel en tonnes, les voyageurs, les recettes d’exploitation, les coûts de maintenance et le taux de disponibilité. Le dialogue engagé en octobre entre la BAD, la Banque islamique de développement et les autorités algériennes confirme l’importance du financement et de la coordination, sans prouver à lui seul que tous les travaux sont financés ni que les délais seront tenus.

Conclusion : juger le projet sur son usage, pas seulement sur son inauguration

Le train Alger–Tamanrasset peut modifier durablement la géographie économique du pays. Pour transformer cette ambition en croissance, il faudra articuler investissements ferroviaires, sites productifs, services logistiques et exploitation commerciale. Le test décisif sera la baisse mesurable des coûts pour les entreprises et non la seule longueur du réseau achevé.

Sources et méthode : TSA, 28 octobre 2026 (préparatifs, chiffres PLF 2027) ; BAD, 14 juillet 2026 (financement de la phase 2) ; BAD, 19 octobre 2026 (concertation avec la BID) ; Banque d’Algérie, cours officiel du 27 octobre 2026. Les équivalents en dollars sont des calculs Algeria Business au taux officiel, non des montants contractuels en devises.

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