Taux
de
change

1

Définition

2

Algérie

3

Analyses

taux de change

Ce document va commencer par clarifier un certain nombre de concepts de base sur le taux de change, le marché de change, la dévaluation, la dépréciation. Ensuite passer en revue la situation du marché de change en Algérie, officiel et parallèle, et finir par des analyses sur la montée de ce dernier et les projections sur les évolutions futures. 

Définitions
&
concepts

La monnaie est un pilier de l’économie et l’un des instruments les plus utilisés dans notre vie quotidienne, elle remplit une triple fonction de calcule économique, de paiement et de réserve de valeur.

Les relations monétaires internationales sont organisés dans le cadre d’un Système Monétaire International «SMI » selon un ensemble de règles qui servent à assuré les échanges et la circulation des monnaies et la stabilité du taux de change et la convertibilité des monnaies. Ce système a connu un passage d’un système de change fixe (Etalon or et le système Britten woods) au système de change flottant qui généralise les monnaies.

La politique monétaire a pour objectif de contrôler la liquidité de l’économie à travers l’offre de monnaie. L’application de la politique monétaire doit limiter l’expansion du crédit au cours de l’avènement de la manne pétrolière. La banque centrale intervient régulièrement sur le marché monétaire afin de maîtriser les taux d’inflation et de change.

Le taux de change est un des éléments de la politique monétaire, en effet, les autorités monétaires utilisent les instruments monétaires pour atteindre un certain niveau du change de la monnaie nationale sur le marché des changes.

Le taux de change d’une devise (appellation d’une monnaie qui est acceptée à l’étranger) est le cours, c’est à dire le prix, de cette devise par rapport à une autre devise.

On ne peut pas évaluer la valeur d’une devise dans l’absolu; c’est pourquoi elle est toujours exprimée relativement à une autre monnaie par un taux de change, et en observant les variations de ce taux dans le temps. Chaque devise a donc un taux de change vis-à-vis de chacune des autres devises. On parle de taux de change bilatéral pour désigner le rapport d’échange entre deux devises et de taux de change effectif lorsque l’on considère l’ensemble des taux de change bilatéraux. Pour l’établir on pondère en général chaque taux de change bilatéral par la part du commerce international du pays réalisée dans cette devise.

Le marché des changes est le marché sur lequel se retrouvent tous les participants désireux de vendre ou d’acheter une devise contre une autre. Dans le jargon financier, il est souvent question du Forex pour désigner le marché des changes ; contraction des termes anglais FOReign EXchange.

Les marchés des changes sont composés de banques, de sociétés commerciales, de banques centrales, de sociétés de gestion d’investissements, de fonds spéculatifs, de courtiers et d’investisseurs. 

Les marchés de change sont interconnectés dans un vaste réseau électronique de banques, intermédiaires, institutions et courtiers (qui entreprennent des transactions par le biais des traders éventuellement). Le marché des changes détermine la valeur des monnaies en binômes, laquelle valeur s’appelle taux de change nominal. Les opérations de change se font soit sur le marché au comptant qui est très volatile, soit à terme ou les déterminants sont des facteurs fondamentaux tels que les taux d’intérêt relatifs et la croissance économique.

Pour l’Algérie le marché des changes se caractérise par une dualité de compartiments (officiel et parallèle) depuis de longues années. 

Politique de change en Algérie

La politique monétaire définie par la banque d’Algérie a pour objectif ultime la stabilité interne et externe de la monnaie nationale comme il est stipulé dans son article 35 de l’ordonnance numéro 03-11 du 26 août 2010 modifiant et complétant l’ordonnance numéro 03-11 du 26 août2003. 

La politique monétaire s’inscrit donc, dans la démarche globale du gouvernement qui vise à la réalisation du plein emploi et à l’équilibre de la balance des paiements, tout en préservant la stabilité des prix et du taux de change de la monnaie nationale. Le taux de change est donc l’un des éléments de la politique monétaire en Algérie. 

La détermination de la valeur externe du dinar algérien a évolué dans le sens d’une plus grande flexibilité pour faire de la politique de change un levier de gestion macroéconomique.

 Jusqu’en décembre 1973, le taux de change du dinar était fixé par rapport au dollar en raison de la prépondérance du pétrole dans les échanges extérieurs de l’Algérie. A partir du 1er janvier 1974 et pour se prémunir contre la volatilité du dollar, le taux de change était fixé par rapport à un panier de monnaies qui reflétaient la structure des échanges commerciaux du pays et qui faisaient l’objet d’ajustements occasionnels. A partir du 1er octobre 1994, la Banque d’Algérie a mis en place un système de gestion souple du dinar à travers des sessions quotidiennes de fixing avec la participation des banques commerciales.

Le 2 janvier 1996, le système a été remplacé par un marché interbancaire de devises. Les sessions de fixing et le marché interbancaire qui y a succédé font partie des réformes mises en place dans la cadre des plans d’ajustement du pays appuyés par le FMI (dans le contexte des accord de stand-by de mai 1994 à mai 1995 et de la facilite élargie de crédit de mai 1995 à mai 1998), la Banque mondiale, la Banque africaine de développement, l’Union européenne et les Clubs de Paris et de Londres. Ces réformes s’inscrivaient dans le contexte de la libéralisation des échanges extérieurs du pays et du passage à un système de taux de change flexible.

Ces réformes avaient ouvert la voie à la décision des autorités de : 

(i) rendre le dinar algérien convertible en acceptant les obligations énoncées à l’article VIII, sections 2, 3 et 4 des statuts du FMI, avec effet au 15 septembre 1997. Cela signifie que le gouvernement s’engage à s’abstenir d’imposer des restrictions sur les paiements et les transferts pour les transactions internationales courantes ou à s’engager dans des accords de change discriminatoires ou des pratiques multidevises sans l’approbation du FMI ; et 

(ii) accepter l’ouverture de bureaux de change. 

Mais dans la réalité, le gouvernement avait demandé à l’époque et à juste titre une dérogation pour limiter les accès aux devises pour les ménages en raison des faibles réserves de change du pays en 1998. Toutefois, même lorsque le pays avait accumulé des niveaux élevés de devises après la remontée spectaculaire du baril du pétrole, l’exclusion des ménages du marché officiel des devises a été maintenue de façon surprenante.

La cession des devises a évolué dans le sens d’une certaine libéralisation. Jusqu’à fin 1994, les opérations de change avaient fait l’objet de nombreuses restrictions et conduites de façon administrative, avec un arsenal qui a inclus au fil des ans un système de taux de change multiples, des licences d’importation et des quotas de devises aux 5 banques primaires de l’époque qui en retour les mettaient à la disposition des entreprises publiques qui étaient domiciliées à leur niveau.

Les instruments monétaire de la banque d'Algérie

Aller dans le détail

Découvrir le dossier dédié

Le marché officiel

Le Marché interbancaire des changes (MIC) en Algérie, institué par le règlement numéro 95-08 du 23 décembre 1995, est un marché entre banques et établissements financiers où sont conduites toutes les opérations de change au comptant et à terme entre la monnaie nationale et les devises étrangères librement convertibles, constituant ainsi le lieu de détermination des cours de change des devises par le jeu de l’offre et de la demande. 

La source principale de l’offre de devises sur le marché officiel est la Banque d’Algérie qui est l’acheteur exclusif des recettes d’exportations des hydrocarbures. Les autres exportations ne génèrent que des montants très faibles (soit environ 1 milliard de dollars) dont la moitié peut être conservée par les exportateurs (500 millions de dollars). Toutefois, même si cette structure a représenté un progrès dans le sens de la détermination du prix du dinar en termes de devises étrangères, il n’en demeure pas moins qu’il est asymétrique et se caractérise par un nombre limité de participants. En outre, les ménages algériens ont un accès limité qui ne leur permet pas d’acquérir les montants de devises suffisants pour financer leurs besoins en soins médicaux, les études de leurs enfants et leurs voyages, les invitant indirectement aller satisfaire leurs besoins sur le marché parallèle.

Evolution du marché des devises

Dollars et euros 2000-2019

Marché parallèle

Né au départ à la suite des contrôles de changes institués à partir du milieu de la décennie 1960 en raison de la faiblesse des moyens de paiement extérieurs et de la gestion administrative du taux de change de l’époque, le marché parallèle a continué de coexister avec le marché officiel avec des évolutions en termes de volume et de prime (différence entre le taux de change officiel et taux de change parallèle) au gré des réformes entreprises dans le sens d’une transition vers une économie libérale, des politiques macroéconomiques mises en œuvre et de la volatilité des prix du pétrole source dominante des réserves de change du pays. La remontée des prix du pétrole depuis 2000 et l’accumulation des réserves de change significatives combinées à une politique de change plus active n’ont pas contribué à l’élimination de ce marché parallèle.

Depuis le choc pétrolier de 2014, il a même acquis de la profondeur et est devenu plus sophistiqué, loin du marché parallèle des premières années de l’indépendance ou de celui des années 1980 et 1990. Cet état de fait – surprenant au premier abord – continue certes de refléter des facteurs classiques tels que la persistance des restrictions, injustifiés d’ailleurs, les faiblesses dans la gestion macroéconomique (budget, monnaie et taux de change) et des réformes structurelles inachevées relatives à la baisse de la protection tarifaire et la diversification des exportations. 

Il reflète également des facteurs extra-économiques, notamment : 

(i) la sophistication des agents économiques et leur besoin de trouver une valeur refuge face à l’érosion continue de la monnaie nationale qui s’est dépréciée de 57% depuis le choc pétrolier de 2014 ;  

(ii) la mainmise de puissants rentiers contrôlant ce marché et bloquant toute réforme.

 

L’existence d’un tel marché parallèle aussi bien enraciné pose de sérieux problèmes de gestion macroéconomique.

 

Il contribue à la baisse des recettes fiscales et douanières, perturbe la formation des prix, accentue les pressions inflationnistes et affaiblit les canaux de transmission de la politique monétaire. De plus, le recours aux ressources de la Banque d’Algérie depuis 2017 pour couvrir le déficit du budget, renflouer les entreprises publiques et couvrir les besoins de financement du fonds national d’investissement contribuent à booster la demande en devises et à accentuer l’érosion de la valeur de la monnaie nationale, conduisant ainsi à l’appréciation du taux de change réel et en dernière analyse à la détérioration de la compétitive extérieure du pays.

Il permet aussi le recyclage de ressources tirées de la fraude fiscale. Non sans surprise, à fin janvier 2020, l’écart entre le taux de change officiel et le taux sur le marché parallèle du dinar par rapport au dollar américain est significatif avec une prime de 50%. Le marché parallèle est à l’intersection des politiques macroéconomiques, structurelles et sectorielles du pays.

En ce sens, c’est un défi majeur, car il est impossible de faire repartir l’économie du pays sur des bases solides et saines sans prendre des mesures pour combattre ce marché. En même temps, la nécessaire unification du marché parallèle avec le marché officiel doit être inscrite dans une stratégie à moyen terme visant d’abord à réduire la prime de façon significative avant de se focaliser sur l’unification elle-même, ce qui implique de compléter la libéralisation du compte courant de la balance des paiements (de jure en vigueur depuis 1997) et avec la libéralisation du compte capital de la balance des paiements.

Dans les lignes qui suivent, nous allons analyser les causes de la dualité du marché des changes en Algérie, souligner les impacts macroéconomiques et compte tenu du caractère structurel de ce marché proposer des mesures pour son unification progressive. En effet, cet objectif est un objectif à moyen et long terme.

L’existence d’un tel marché parallèle aussi bien enraciné pose de sérieux problèmes de gestion macroéconomique.

Il contribue à la baisse des recettes fiscales et douanières, perturbe la formation des prix, accentue les pressions inflationnistes et affaiblit les canaux de transmission de la politique monétaire. De plus, le recours aux ressources de la Banque d’Algérie depuis 2017 pour couvrir le déficit du budget, renflouer les entreprises publiques et couvrir les besoins de financement du fonds national d’investissement contribuent à booster la demande en devises et à accentuer l’érosion de la valeur de la monnaie nationale, conduisant ainsi à l’appréciation du taux de change réel et en dernière analyse à la détérioration de la compétitive extérieure du pays.

Il permet aussi le recyclage de ressources tirées de la fraude fiscale. Non sans surprise, à fin janvier 2020, l’écart entre le taux de change officiel et le taux sur le marché parallèle du dinar par rapport au dollar américain est significatif avec une prime de 50%. Le marché parallèle est à l’intersection des politiques macroéconomiques, structurelles et sectorielles du pays.

En ce sens, c’est un défi majeur, car il est impossible de faire repartir l’économie du pays sur des bases solides et saines sans prendre des mesures pour combattre ce marché. En même temps, la nécessaire unification du marché parallèle avec le marché officiel doit être inscrite dans une stratégie à moyen terme visant d’abord à réduire la prime de façon significative avant de se focaliser sur l’unification elle-même, ce qui implique de compléter la libéralisation du compte courant de la balance des paiements (de jure en vigueur depuis 1997) et avec la libéralisation du compte capital de la balance des paiements.

Dans les lignes qui suivent, nous allons analyser les causes de la dualité du marché des changes en Algérie, souligner les impacts macroéconomiques et compte tenu du caractère structurel de ce marché proposer des mesures pour son unification progressive. En effet, cet objectif est un objectif à moyen et long terme.

Le marché informel des changes est le résultat de nombreux facteurs d’ordre ;

(I) juridique avec les restrictions – allégées certes ces derniers années- pesant sur les agents économiques qui souhaitent accéder aux devises sur le marché officiel, notamment les ménages et la forte protection tarifaire;

(II) économique, à savoir les politiques économiques incohérentes mises en œuvre jusqu’en 1993 dans le contexte du modèle centralisé de gestion administrative de l’économie, l’arrêt des réformes au cours du boom pétrolier (1999-2014) et l’absence de politiques de redressement pour faire face au choc pétrolier de 2014 ;

(III) administratif en référence aux procédures lourdes pour ouvrir et mouvementer les comptes en devises des résidents auprès des institutions bancaires ;

(IV) sociologiques au vu du nouveau comportement rationnel des agents économiques qui cherchent dans la devise une valeur refuge pour se protéger de l’érosion continue du dinar algérien ou simplement pour financer les études de leurs enfants dans des universités étrangères. Ajoutons pour compléter la faiblesse de la gouvernance économique qui a favorisé la corruption et une fraude fiscale importante qui vient alimenter le marché parallèle.

Le volume des transactions et la prime (écart entre le taux officiel et le taux parallèle) vont varier au fil des années.

Dans les années 1960 et 1970, le marché était étroit et non toléré par les autorités, exposant les participants à des risques de sanctions. Par ailleurs, les transactions se faisaient discrètement entre les membres des familles représentant les vendeurs (en résidence en France) et les prêteurs. Le volume des échanges était faible et estimé à environ 2 à 3 millions de dollars. L’écart entre le taux officiel et parallèle se situait entre 1 à 2.

Entre 1980 et 1993, les limites du modèle autocentré en place et le choc pétrolier de 1986 ont causé des déséquilibres importants et engendré des pénuries diverses, renforçant davantage l’économie informelle et conduisant de nombreux agents économiques à se tourner vers le marché parallèle pour acquérir des devises étrangères. En conséquence, le volume des transactions a augmenté pour atteindre un niveau estimé entre 40-50 millions de dollars environ avec une prime de 5. Le marché était plus ou moins toléré.

La crise des changes de 1993 et l’état de cessation de paiement dans lequel le pays s’est trouvé plongé ont conduit les autorités à demander l’assistance des bailleurs de fonds, notamment les institutions de Bretton Woods, l’Union européenne et la Banque africaine de développement. Les réformes entreprises pour stabiliser et libéraliser l’économie ont eu un impact important sur la réduction de l’écart entre le taux officiel et le taux parallèle, passant de 5 en 1993 à 1 en 1998. En revanche, le volume des transactions a enregistré un bond pour atteindre un niveau d’environ 1-1,5 milliard de dollars. Le marché était toléré par les autorités.

Le boom pétrolier, qui s’est étalé de 2000 à 2014, a permis aux autorités d’engranger 800 milliards de dollars au titre de recettes d’exportation du pétrole et d’accumuler des réserves de change significatives qui ont atteint 198 milliards de dollars en 2014, soit 5 ans d’importations de biens et services. Cependant, du fait du maintien – inexpliqué et inexplicable – de certaines restrictions pour les ménages, le marché des changes parallèle a continué à coexister avec le marché officiel. Bien que la prime ait enregistré une baisse marquée pour se situer entre 20-25%, le volume était sensiblement en hausse pour se situer de façon estimée à environ 5 milliards de dollars.

Depuis le choc pétrolier de 2014, le marche parallèle a repris du souffle avec un volume de transactions en hausse (environ 10 milliards de dollars) et une prime de plus 50%. 

Pour ce qui est de l’offre, le marché est alimenté par plusieurs canaux :

(I) le canal des pensions des anciens travailleurs émigrés algériens, notamment ceux de France ;

(II) le canal des envois de fonds de la diaspora dont la taille s’est considérablement accrue au cours de ces dernières décennies;

(III) le canal de la surfacturation des importations ; 

(IV) le canal de la sous-facturation des exportations hors pétrole ;

(V) le canal du rapatriement de fonds des entreprises créées à l’extérieur par des hommes d’affaires algériens pour capter une partie des paiements de leurs importations ; et

(IV) le canal des revenus de la location des biens immobiliers au bénéfice de certaines chancelleries et entreprises étrangères et celui du tourisme.

 

Ces fonds ne transitent pas par le système bancaire qui demeure obsolète. 

Pour la demande, elle est le fait de :

(I) ménages en quête de ressources pour financer des voyages, des études et/ou des soins médicaux ;

(II) d’agents économiques souhaitant acquérir des biens d’importations soumis à des restrictions particulières ;

(III) de citoyens conduisant des transactions illégales ;

(IV) des agents économiques disposant de ressources locales générées par la fraude fiscale et souhaitant acquérir des devises pour acheter des actifs à l’étranger et / ou se constituer une réserve de valeur ; et

(V) des spéculateurs qui parient sur les fluctuations attendues des taux de change officiel et parallèle

Évolution de la devise informelle

Evolution du marché de change

Formel et informel

Analyses

Selon les arguments de la Banque d’Algérie, celle-ci est obligée d’ajuster le taux de change nominal du dinar de façon à ce que le taux de change réel soit à son niveau d’équilibre qui est déterminé par les fondamentaux de l’économie nationale que sont le prix de pétrole, le différentiel de l’inflation et de la productivité entre l’Algérie et ses partenaires étrangers.

La Banque d’Algérie devant la baisse des recettes extérieures, cherche l’équilibre entre deux objectifs contradictoires: freiner les importations et préserver le pouvoir d’achat des citoyens.

Le gouvernement qui cherche à « casser la hausse effrénée des achats à l’extérieur » va demander à la Banque d’Algérie de changer de politique sur le dinar qui serait encore « surévalué » . Le but de la manœuvre est de mécaniquement renchérir les biens et les services importés : en effet, un dinar moins fort ne permet plus d’acheter la même quantité de produits. Ainsi, le gouvernement espère réduire la facture des importations et freiner la (sur) consommation des ménages.

La baisse du dinar et du pouvoir d’achat des Algériens n’est pas sans effets néfastes. Le risque inflationniste pèse lourdement sur l’économie du pays. D’autant plus que la Banque d’Algérie ne dispose pas du levier des taux d’intérêts directeurs, inopérants, pour réguler l’inflation. Or, cette dernière peut s’avérer être un véritable poison pour l’économie du pays.

Avis d'experts

2020, 20 février. El Watan
2020, 20 février. El Watan

Abdelrahmi Bessaha, expert au FMI

L’existence du marché parallèle pose de sérieux problèmes de gestion macroéconomique et représente un obstacle majeur à une meilleure gouvernance économique et à une relance de l’économie sur des bases saines et inclusives. Pour mettre fin à la dualité du marché des changes en Algérie, les autorités sont encouragées à articuler un programme de réformes générales qui incluraient la réforme du marché de la devise et qui serait étalé sur le long terme. Ce programme s’articulerait autour de 3 grands axes :

  • (I) un premier axe à court terme visant la réduction de l’écart entre le taux officiel et le taux parallèle ;
  • (II) un second axe sur le moyen terme pour renforcer le fonctionnement du marché officiel de change ;
  • (III) un troisième axe est d’assécher les sources d’offre du marché parallèle ; et
  • (IV) un quatrième axe à long terme visant à l’unification à terme des deux marchés par le biais d’une libéralisation du compte capital de la balance des paiements pour faire bénéficier le pays d’entrées de ressources extérieures.

 

Le premier axe s’étalerait sur 12 mois, et les mesures à mettre en place comporteraient :

  • (I) un ajustement progressif du taux de change officiel pour le rapprocher de sa valeur d’équilibre de 150 DA pour 1 dollar (le taux de change sur le marché parallèle n’est pas le taux d’équilibre), mesure qui doit être cohérente avec le programme de stabilisation macroéconomique ;
  • (II) une augmentation des plafonds indicatifs pour les indemnités de voyage ;
  • (III) l’ouverture des bureaux de change pour renforcer les forces de marché dans la détermination du prix des devises et intégrer les ressources en devises qui circulent en dehors du system financier ;
  • (IV) un assouplissement des restrictions à l’importation ; et
  • (V) l’élargissement des participants au marché interbancaires des changes.

 

Deuxième axe (moyen terme) : des réformes macroéconomiques et structurelles. Sur le plan macroéconomique, il est nécessaire de prendre des mesures :

  • (I) sur le plan budgétaire pour lutter contre la fraude, améliorer le recouvrement des recettes, reconstituer une épargne budgétaire et préserver les réserves de change ; et
  • (II) sur le plan monétaire pour améliorer le canal de transmission de la politique monétaire en vue de mieux gérer la liquidité et partant asseoir une gestion active du taux de change et de maintien de la compétitivité. Sur le plan structurel, entre autres, l’attention doit être portée sur la diversification des exportations et l’ouverture commerciale.

 

Troisième axe (moyen terme)  : la démonétisation du dinar algérien. Cette mesure est complexe et peut avoir des effets macroéconomiques négatifs si elle n’est pas bien préparée et menée dans le secret pour atteindre le maximum d’efficacité. L’opération menée en 1982 peut nous donner une feuille de route. En termes d’objectifs, la démonétisation à entreprendre doit se focaliser sur trois objectifs, notamment

  • (I) ajuster les moyens de paiement aux volumes des transactions, car les dénominations actuelles ont pour la plupart été émises au début des années 1980 quand le PIB était de 50 milliards de dollars contre un PIB en 2019 de 180 milliards de dollars. Soit un volume trois plus important de transactions ;
  • (II) combattre l’inflation ;
  • (III) combattre l’économie informelle et la fraude fiscale : l’évasion fiscale est importante et alimente le marché parallèle et accroît l’écart avec le taux de change officiel. On peut estimer en gros l’évasion fiscale à peu près à 6% du PIB soit 10 milliards de dollars. Une plus grande bancarisation serait la bienvenue, car la démonétisation va forcer les agents économiques à ouvrir leurs bas de laine permettant aux autorités de drainer les liquidités hors circuits économiques ; et
  • (iv) assécher le marché des changes parallèle.

 

Quatrième axe (long terme) : libéralisation graduelle du compte capital de la balance des paiements pour favoriser la circulation des capitaux en direction de l’Algérie et donc disposer de plus de ressources extérieures. Cette libéralisation implique un certain nombre de conditions que nous ne réunissons pas pour le moment.

2020, 20 juillet. Liberté
2020, 20 juillet. Liberté

Souhil MEDDAH

Le marché noir des devises

L’inclusion financière dans ce domaine nécessite une ouverture de structures réglementées qui fonctionneront avec les mêmes règles libres du marché. Et cela avec une parité du dinar qui ne doit, en aucun cas, imposer une logique de subvention ou d’une surévaluation de la monnaie nationale.

La question de l’informel est un élément qui concerne la discipline fiscale et, par voie de conséquence, l’aspect budgétaire de la politique économique. 

Si on considère que cette vision pourra donner un coup de pouce au dinar pour son réajustement, cela deviendra une vision un peu décalée qui détournera notre attention des véritables critères de régulation de la monnaie.
Dans cette approche et quelle que soit la nature de la question fiscale ou de bancarisation, la masse monétaire ne changera pas. En revanche, les affectations changeront en fonction des actes provoqués par une grande partie des acteurs économiques. 

En d’autres termes, la question de l’informel se jouera dans la sphère fiscale ainsi que dans la bancarisation de certaines activités. À ce titre, la  gestion de la monnaie se posera beaucoup plus dans un cadre macroéconomique qui doit veiller sur les équilibres des ressources et des emplois monétaires. Cependant, la politique budgétaire jouera son rôle d’accélérateur, de contrôleur et de régulateur des autres flux financiers.

2019, 10 novembre. Liberté
2019, 10 novembre. Liberté

Omar Berkouk

Le double marché des changes

Le double marché des changes est la solution que les autorités algériennes ont mise en place pour assouplir sans abandonner le contrôle du marché des changes. Cette “tolérance” est interdite par les organismes de commerce ou de finance multilatéraux auxquels l’Algérie est adhérente ou candidate. Ce marché parallèle illégal opère tous les jours au vu et au su de toutes les autorités (Banque centrale, police, justice…).

Il doit son existence à son utilité. C’est de la souplesse dans la bureaucratie et la rigidité de l’économie nationale. Ce marché parallèle détermine les taux de change du dinar les plus proches de la réalité des performances économiques du pays. Ce ne sont pas les taux de ce marché qui sont aberrants mais ceux de la Banque centrale qui semblent attractifs mais pas accessibles librement aux opérateurs et aux citoyens !  Dans ce contexte de crise, l’un de ces deux marchés devra disparaître et il est difficile de dire lequel ! 

La disparition du marché parallèle par renforcement des contrôles et assèchement du volume de devises ou bien l’abandon du contrôle des changes avec instauration de la convertibilité du dinar qui s’accompagnerait d’une convergence des taux de change du marché officiel vers le marché officieux. Cela consacrerait une dévaluation de 50% du dinar par rapport à l’euro. C’est la seule dévaluation qui aurait du sens du point de vue macroéconomique mais ses conséquences sociales seraient dévastatrices (équivalentes à une intervention du FMI !!!!). 

La lutte contre le marché parallèle

Les infractions aux contrôle des changes relèvent du pénal. La Banque d’Algérie a légalement le monopole de la gestion des devises; s’il est vrai qu’elle n’a pas de pouvoir de police, elle peut porter plainte contre les opérateurs illégaux. De la même manière, vous ne pouvez pas exercer le métier de banquier sans l’accord de la Banque d’Algérie. Si le cas s’avérait, elle interviendrait immédiatement.

Il s’agit donc d’une mascarade qui a été utile à tout le monde. Mais la Banque centrale est sur le point de siffler la fin de la partie dans ce contexte d’attrition des réserves de change. Pour ce faire, elle trouvera toute la force de police nécessaire pour lutter contre ce “fléau”. Les cambistes du square Port Saïd vont connaître le chômage ! Quand le volume des devises se réduit, il n’y a pas de solutions miraculeuses. La gestion se fait soit par les prix (baisse du dinar) ou les quantités (rationnement).
 
Les alternatives possibles au marché informel des devises 


Comme indiqué plus haut, il y a volontairement en Algérie jusqu’à ce jour un marché des changes global où deux compartiments coexistent. L’un officiel, géré administrativement par la Banque centrale, où les prix n’obéissent pas à la loi de l’offre et de la demande et dont les quantités sont “rationnées”. L’autre, officieux, est plus proche d’un marché où l’offre et la demande s’équilibrent par les prix et les quantités.

Il y a un désir des Algériens d’accéder librement et autant que de besoin aux cours de change administrés par la Banque centrale. Pour ce faire, il faut abolir le contrôle des changes et supprimer le monopole de la BCA sur la gestion des devises. D’aucuns se perdent dans des discussions autour de l’utilité des bureaux de change et de leurs faibles commissions. C’est une discussion inutile tant que la BCA a le monopole de la gestion des devises et que sévit le contrôle des changes en Algérie.

Est-il opportun aujourd’hui de rendre convertible le dinar ? Et à partir de quel taux ? Le contexte économique ne s’y prête pas !  La gouvernance du pays depuis 60 ans s’est contentée de gérer au jour le jour et d’évoquer les réformes structurelles en période de crise quand elle a perdu toute marge de manœuvre. En conclusion, l’accès aux devises pour les Algériens va devenir de plus en plus difficile et cher. Les comptes bancaires légaux en devises sont en danger. En cas d’accélération de l’attrition des réserves de change, les titulaires de devises en compte n’y auront plus accès à discrétion !

Ressources et bibliographie

© 2019, AlgeriaBusiness. All Rights Reserved.